Saya Zamuraï de Hitoshi Matsumuto

Le 4 mai 2012 par Michel Bezbakh dans Comédie

Notes

Réalisation
80%


Casting
90%


Scénario
95%


Photo
90%


Musique
80%


Intérêt
85%


Total Score
87%

87/ 100

Genre: ,
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , , , ,
 
 
Scénario:
 
Photographie:
 
Musique:
 
Pays:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 103 minutes
 
Titre original: Saya Zamuraï
 
Crédit photographique: Urban Distribution
 

Les Plus:

Un savant mélange de rires et de pleurs
 

Les Moins:

Le découpage se révèle parfois un peu trop prévisible
par Michel Bezbakh
La critique

Hitoshi Matsumuto est une figure importante du burlesque japonais. Après des débuts à la télévision effectués en tant que comique, il réalise son premier film en 2007, Big Man Japan. S’appuyant sur ce succès public et critique — le film est présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs — il tourne Symbol en 2009. Saya Zamuraï, sa troisième œuvre, ne s’inscrit pas tout à fait dans la lignée des précédentes, elles-mêmes assez différentes l’une de l’autre. Plus classique dans sa forme, le film traite d’un thème nouveau et, pour la première fois, Matsumuto reste exclusivement derrière la caméra.

Si l’on devait trouver un point commun entre Big Man Japan, Symbol et Saya Zamuraï, on le situerait autour d’une sorte de renouvellement perpétuel, participatif de l’envie d’échapper à toute classification. Le Japonais brouille les genres, multiplie les pistes stylistiques et semble guidé par une recherche frénétique de complexité. L’ambiguïté chère au cinéaste nous frappe de plein fouet dès l’introduction de ce nouvel opus. D’abord classiques et réalistes, les images se teintent brutalement des marques tangibles de la Série B. Cette ambivalence frappante annonce d’emblée la suite : une foule d’émotions au milieu d’un puissant univers visuel.

Kanjuro Nomi est un samuraï qui refuse de combattre. Vagabondant sans but aux côtés de sa fille, il tombe entre les mains d’un seigneur qui le condamne à mort, à moins qu’il ne parvienne à faire naître un sourire sur le visage de son fils, impassible depuis la mort de sa mère. Le samuraï sans sabre a trente jours pour parvenir à ses fins.

Matsumuto reprend donc le procédé du film à sketches qui avait fait la réussite de ses deux premiers essais cinématographiques. Chaque jour, Nomi entre en scène et se lance dans un gag qui, invariablement, échoue lamentablement. Il n’est pas étonnant d’apprendre que le réalisateur a rencontré son acteur principal, Takaaki Nomi, lors d’une émission qu’il présentait à la télévision. Celle-ci invitait des employés d’âge mur à faire les clowns devant la caméra. Même s’il ne l’avoue pas explicitement, il est fort probable que c’est en animant ce show que Matsumuto a eu l’idée de Saya Zamuraï. L’analogie entre la course au spectacle nécessairement inflationniste qui anime le film et un petit écran cherchant à se renouveler sans cesse pour continuer à divertir est en effet frappante.

Pour conserver la fraîcheur de cet acteur absolument non professionnel, le cinéaste s’est efforcé de créer une atmosphère ambiguë sur le plateau. Nomi, qui croyait faire de la télévision, prenait connaissance du programme de la journée de travail le matin-même et entretenait des relations distantes avec le réalisateur. D’autre part, un certain nombre de scènes ont été tournées à la manière d’un documentaire, avec des gens rencontrés dans la rue. Surprenant, tant l’impression d’un monde fictif domine. Une fiction cinématographique au montage ingénieux et prodigue en surprises amusantes de mise en scène.

Saya Zamuraï, tout comme les deux premiers films de Matsumuto, ne ressemble à rien d’autre. Le thème abordé — le « seppuku », c’est-à-dire le suicide par éventration — est spécifiquement japonais, et le réalisateur affirme ne pas s’inspirer d’autres œuvres cinématographiques pour construire les siennes. Pourtant, il est difficile de ne pas voir une référence à Georges Méliès lorsque le samuraï est propulsé en mer par un canon. Par ailleurs le héros, dans ses efforts désespérés pour faire rire sans jamais esquisser le début d’un sourire, rappelle Buster Keaton. Autre ambiguïté d’un film classique et unique, drôle et triste, étrange et fascinant.

À la croisée des genres, l’œuvre de Matsumuto se place donc également au carrefour de plusieurs tons. Longtemps guidé par une logique burlesque, il glisse progressivement vers une gravité saisissante, qui touche son point névralgique lors du dénouement, que l’on ne qualifiera pas pour maintenir intacte la surprise du spectateur. On osera quand même avouer qu’alors, on n’a plus du tout envie de rire, à l’image de ce personnage principal qui était chargé de faire naître un sourire, lui qui n’en aura pas esquissé un seul.

La thématique du sourire est d’ailleurs au centre du film et pas uniquement de son scénario. Expression corporelle d’une sensation joyeuse ou simple politesse, le sourire est un puissant symbole de dualité : il relaie une émotion et permet de communiquer avec l’autre. Or la dualité est omniprésente, de façon antithétique : les puissants sont plus résignés que les faibles, les enfants semblent plus mûrs que les adultes, la petite fille dont le père est condamné regorge de vie, contrairement au fils du seigneur…

Chaque personnage semble très seul, et ainsi l’enjeu de l’histoire est que tout le monde, collectivement, parvienne à se sauver. Le faux samuraï doit survivre, le prince doit vaincre sa tristesse, la petite fille souhaite un père courageux, le seigneur ne peut vivre avec un fils aussi austère… Mais la « rédemption » de tous ces personnages ne viendra pas des moyens attendus.


A propos de l'auteur

Michel Bezbakh
avatar

En plus de partager son amour du cinéma sur Ça dépend des jours, il étudie au Centre de Formation des Journalistes (CFJ) et travaille à Infosport+.

4 commentaires sur cet article



  1. avatar
     
    Dextarian

    Et une question me vient à l’esprit « Mais qu’est ce que le burlesque japonais ? »


  2. avatar
     
    Anne B

    J’avoue, les mots « burlesque japonais » me font froid dans le dos… Un peu trop de « Hardo gay » et de « Yatta Yatta »… Mais à lire l’article et surtout après avoir visionné la bande annonce, ça fait envie :)


  3. avatar
     
    mobil

    ça a l’air aussi drole et couillon que du Beat Takeshi dans ses meilleurs numéros de manzaï ^^


  4. avatar
     

    J’ai vu un sujet sur Matsumoto dans Tracks sur Arte vendredi et le trailer de ce film m’avait fait bien marrer.
    J’ai vraiment envie d’aller le voir !



Afin d’assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. L'inscription est gratuite.

La selection des actu
  • Tha Blue Herb Stilling, Still Dreaming pochette
  • phox
  • Sans titre
  • Trognes court metrage
  • Les Cartes du Pouvoir
  • Luther Vandross Never Too Much cover
  • Pride film still
  • ballae entre les tombes liam neeson
  • aqme nouvel album 2014 Couverture
  • lucy Scarlett Johansson Luc Besson Photo Dehors Couverture