La Haine : il est temps de faire le poing

Le 2 décembre 2013 par Guilhem dans Drame

Notes

Réalisation
90%


Casting
85%


Scénario
95%


Photo
85%


Musique
78%


Intérêt
95%


Total Score
88%

88/ 100

Genre:
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , , , , , , , , ,
 
 
Scénario: ,
 
Photographie:
 
Musique:
 
Pays:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 95 minutes
 
Crédit photographique: Mars Distribution
 

Les Plus:

Une plongée saisissante dans l'univers de la banlieue. Toujours d'actualité. Le chef d’œuvre de Kassovitz.
 

Les Moins:

Certaines scènes ont mal vieilli.
par Guilhem
La critique

DEX_YEAAHLa Haine date de 1995. Et dix huit années plus tard, peu de choses ont finalement changé. Le « jusqu’ici tout va bien » résonne encore comme un écho. Le meilleur film de Mathieu Kassovitz, pour beaucoup et de loin même si son dernier en date, L’Ordre et la Morale, bénéficie d’une réelle maîtrise technique et d’un propos fort, qui fait toujours autant mouche en tapant là ou cela fait mal.

La Haine - affiche

L’histoire de La Haine prend place au lendemain d’une nuit d’émeutes qui a opposé la jeunesse et la police dans la cité des Muguets à Chanteloup-les-Vignes, consécutives à la bavure d’un inspecteur du commissariat qui avait sérieusement blessé Abdel, un jeune résident de la cité, lors d’une garde à vue. On suit les péripéties de trois jeunes amis. Vinz (Vincent Cassel), impertinent et au tempérament violent, a soif de vengeance au nom d’Abdel. Hubert (Hubert Koundé), d’origine béninoise, dealer de haschisch, ne pense qu’à quitter la cité pour une vie meilleure et se refuse à provoquer la police. Saïd (Saïd Taghmaoui) tient un rôle de médiateur entre Vinz et Hubert à propos des désirs de vengeance du premier par rapport à la police.

La nouvelle se répand dans la cité qu’un policier a perdu son revolver durant la nuit des affrontements. On apprend très vite que Vinz l’a trouvé et qu’il compte en faire usage pour tuer un policier au cas où Abdel Ichaha ne sortirait pas du coma dans lequel il est plongé. Hubert désapprouve. L’usage du revolver est un leitmotiv : Vinz le garde en permanence dans son pantalon, le dégainant à tout va, s’attirant constamment les remontrances d’Hubert. L’essentiel du récit s’étend sur une seule journée : la journée la plus importante de la vie des trois jeunes.

photo-la-haine-film-1995-Cassel

La Haine, c’est avant tout un patchwork de scènes dans un univers furieusement urbain. Le clivage banlieue/capitale qui trouve donc toujours un écho aujourd’hui. L’intelligence du scénario est à souligner. Les personnages sont forts et les profils psychologiques de chacun maîtrisés de main de maître. Le rap à son apogée. Le noir et blanc comme choix esthétique.

  • Un film coup de poing

À l’époque, nous étions loin, après Métisse — le précèdent film de Kassovitz,  histoire d’un triangle amoureux sous fond social —, d’imaginer que le film qui suivrait serait un véritable coup de poing. Il préfigurera ses autres films « politique », que ce soit Assassin(s), avec le monstre sacré Michel Serrault, ou encore L’Ordre et la Morale. Genre assez peu glamour et méprisé en France, alors même qu’il ont toujours eu une certaine cote aux États-Unis.

Presque vingt années plus tard, on en arrive toujours à se demander si quelque chose à vraiment changé à ce niveau là, en dehors de toute considération purement politicienne et électoraliste. Cette volonté de vouloir faire bouger les lignes, exprimée à travers les propos des trois personnages principaux est véritablement la force du film. Nous avons les trois points (poings) de vue. Trois visions différentes de la façon de réagir. Et c’est un ressort narratif fort bien maitrisé ici.

photo-la-haine-film-1995-Cassel-Taghmaoui-Koundé-vernissage

  • Un film à l’épreuve du temps

La Haine s’inscrivait aussi à l’époque dans tout un courant de « films de banlieues », où les réflexions sur l’état d’une partie de la société sont toujours en toile de fond comme Rai, État des lieux et Ma 6-T va crack-er (ces deux derniers réalisés par Jean-François Richet). Tous ces films n’ont pas aussi bien traversé l’épreuve du temps, au contraire de La Haine, qui trouve toujours un large écho.

Bien entendu, le film a vieilli par certains aspects, et notamment techniques. Le grain, les cadrages et certains choix artistiques sont clairement passés de mode. Mais le choix du noir et blanc (choix esthétique autant que politique, surtout au regard du propos du film), permet au film de moins subir l’épreuve du temps que d’autres et, surtout, de garder intact son propos. Kassovitz sait maîtriser le noir et blanc, comme l’a démontré l’un de ses court métrages, Fierrot le Pou, disponible sur le site Youtube.

  • Un film drôle et sensible

Mathieu Kassovitz est un auteur sensible et à fleur de peau par moments. Si La Haine a un sujet fort et percutant, il n’en est pourtant pas moins bourré d’humour, notamment par l’intermédiaire du personnage de Said qui permet de désamorcer souvent les tensions entre ses deux amis. Véritable blagueur et boute-en-train, il instille un peu de fantaisie à une histoire dure. On pense ici au passage assez hilarant sur la vache que Saïd voit en pleine banlieue.

Dans un autre registre et parce que le réalisateur est aussi un cinéphile, on a tous en mémoire la scène culte de Vincent Cassel devant sa glace, imitant Robert de Niro dans Taxi Driver, qui a fait le tour du monde.

photo-la-haine-film-1995-La-Scène-des-Flics

  • Un tremplin pour les acteurs du film

La Haine, c’est aussi et surtout la part belle aux acteurs. Le film a permis à Vincent Cassel de se faire connaître et, surtout, reconnaître. Même chose pour Saïd Taghmaoui, même si cela a été un peu plus dur. Il s’est d’ailleurs tourné vers une carrière internationale en passant par les États-Unis, puisque la France ne lui proposait que des rôles mineurs ou de  « l’arabe de service ». Hubert Koundé a peut-être connu la carrière la moins florissante du trio. Lui et Cassel avaient déjà tourné ensemble dans le précédent film de Kassovitz, Métisse. Depuis, c’est surtout à la télévision qu’il s’est illustré.

La Haine est donc un film marquant, percutant, attirant, intéressant mais surtout le meilleur film de Kassovitz. Il a reçu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1995, ainsi que le César du meilleur film. Mais au delà de ça, c’est son meilleur long métrage parce qu’il y déploie tout sa science de la mise en scène, mais aussi une volonté de frapper fort et juste. Là où ça fait mal. Et « jusqu’ici, tout va bien, jusqu’ici tout va bien« …


A propos de l'auteur

Guilhem
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