DEX_YEAAHLe moins que l’on puisse dire, c’est que Gaëlle Pingault est une jeune femme pour qui le mot « fidélité » a du sens ! On en veut pour démonstration ce troisième recueil de nouvelles qu’elle publie chez Quadrature, Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste ! Drôle de titre pour un recueil qui n’aurait sans doute jamais vu le jour sans le formidable élan impulsé par les réseaux sociaux.

Après On n’est jamais préparé à ça en 2009, Prix Nouvelles d’automne 2010, et Ce qui nous lie en 2011, tous deux parus chez Quadrature, Gaëlle Pingault a continué d’écrire. Et principalement des nouvelles, toujours. Et même des bonnes ! Mais nous y reviendrons un peu plus loin. Pour ces nouvelles-ci, Gaëlle s’est inspirée de ce qui fait son quotidien et qu’elle vit avec passion semble-t-il : sa profession d’orthophoniste.

bref

Elle a donc commencé par écrire quelques textes qu’elle a publiés sur les réseaux sociaux. Devant l’enthousiasme quasi général, elle a continué. Jusqu’à en avoir suffisamment pour en faire un recueil, que les internautes qui réclamaient. Face à l’engouement collectif, elle a bien sûr proposé ces textes à son éditeur qui, lui aussi, s’est piqué au jeu. Et après quelques corrections et adaptations finales Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste est enfin paru pour le plus grand bonheur des lecteurs et de tous ceux qui avaient suivi l’aventure.

Il faut dire que ces nouvelles nous parlent vraiment. Chaque situation exposée, si elle n’est en rien nominative, nous évoque cependant des rencontres, des personnes qui sont ou ont été dans le cas exposé, des liens amicaux, relationnels ou professionnels qui ont marqué notre sensibilité. Nous connaissons tous quelqu’un qui… ou quelqu’un qui connaît quelqu’un qui… ou encore quelqu’un qui nous a dit que c’était arrivé à… Ces situations que Gaëlle Pingault nous expose au fil de ces vingt-et-unes nouvelles sentent forcément le vécu. Et c’est pour ça qu’elles nous touchent, nous émeuvent et nous confrontent à une réalité parfois brutale.

La grand-mère qu’on hésite à laisser seule parce qu’elle « n’a plus tout à fait sa tête », le bégaiement qu’on croit derrière soi et qui ressort inopinément lors d’un entretien d’embauche, les lettres qui se mélangent dans les mots alors qu’on s’applique à les prononcer ou à les écrire du mieux qu’on le peut, ces mots aussi qu’on voudrait pouvoir dire et qui se chevauchent de manière incompréhensible au moment d’être prononcés, ces mots encore dont on sait si bien se servir oralement mais qu’il devient tellement ardu de poser sur le papier jusqu’à nous faire renoncer peut-être à une promotion professionnelle. Tous ces textes, toutes ces histoires, toutes ces nouvelles, Gaëlle Pingault a eu le bon goût de les relier entre elles par celle d’une jeune femme, Laure, cloitrée chez elle suite à une mise à pied par son employeur, et intriguée par les visites incessantes que reçoit sa voisine de palier, Elisa, tout au long de la journée. Quel lien justement peut réunir ces deux femmes et toutes ces nouvelles ? Mystère… Et c’est bien dans ce fil rouge que réside finalement le talent et la force d’écriture de notre nouvelliste. Du bel art à savourer et une humilité à apprécier…