Mobile Home est le premier long métrage de François Pirot, jeune Belge ayant jusqu’ici travaillé essentiellement en tant que scénariste — il a notamment signé les scriptes de Nue Propriété et Élève libre, les films de Joachim Lafosse. Ce faux road movie, qui se transforme en voyage initiatique intérieur, souffre de quelques défauts mais emporte néanmoins l’adhésion par sa simplicité.

Simon est un trentenaire plus proche de l’adolescence que de l’âge adulte, qui rêve d’une vie anticonformiste à l’opposé de ses parents retraités ou de sa copine qu’il vient de quitter. Julien, plus mature mais influençable, s’occupe de son père qui se relève lentement d’une grave maladie. Un soir, le premier convainc le second d’essayer de réaliser un vieux fantasme aventureux : acheter un mobile-home, partir sur la route et vivre de petits boulots.

Mais quitter la sédentarité n’est pas aussi simple. C’est d’abord avec l’argent que ses parents lui avaient donné pour s’installer avec sa copine que Simon achète son camping-car. Et quand celui-ci tombe en panne alors que les deux amis ont à peine quitté leur village, il faut travailler dur et longtemps pour payer le garagiste. Pas si facile de se défaire des parents — ceux de Simon font tout pour lui faire retrouver la raison tandis que Julien se sent coupable d’abandonner son père — et de la norme sociale.

Ainsi le road movie auquel nous n’avons jamais vraiment cru se trouve-t-il avorté d’emblée. Et rapidement se posent les questions de la liberté, de la fidélité — à soi-même et aux autres — ainsi que se développe une double critique contradictoire : celle de l’impitoyable main invisible de la norme à laquelle il est difficile d’échapper, mais aussi celle d’une jeunesse qui à force d’être gâtée, perd le sens des réalités.

Mais si cet ensemble est assez riche, on ne peut s’empêcher de trouver les intentions de François Pirot un peu naïves dans leur expression. On voit trop bien où le réalisateur veut en venir ; à trop vouloir bien faire, ce dernier a enlevé à son film le mystère qu’il méritait. À cela s’ajoutent quelques vices de mise en scène qui alourdissent considérablement un ensemble pourtant léger, fait d’une ironie et d’un humour rafraîchissants. Ainsi l’effet balourd du retardement de l’apparition du quatrième côté, censé créer à la fois la surprise et un effet comique, se révèle beaucoup trop répétitif. De même, la chanson qu’offre Simon à sa copine, balade populiste à la guitare faite de gros plans langoureux sur les visages parsemés de lents travelings latéraux, rappelle dangereusement Les Petits Mouchoirs.

Heureusement, cette faute de goût n’est qu’un épiphénomène au cœur d’un film dont la simplicité séduit. C’est toujours avec pertinence que François Pirot accompagne son souci d’éviter le cliché. Avec cela, il fait preuve d’un talent notable dans la direction des acteurs. Si le personnage interprété par Arthur Dupont se révèle très vite agaçant — on n’est pas mécontent de le quitter au bout d’une heure et demie —, tous les comédiens parviennent à transmettre une certaine fragilité. C’est particulièrement le cas de Julien, que Guillaume Gouix incarne à la perfection. Quant au scénario, cohérent, il parvient à nous surprendre sur la fin, au moment où l’on croyait à une morale un peu réac.

En dépit de quelques défauts, Mobile Home nous emporte modestement dans le voyage intérieur de ses personnages. Un premier long métrage prometteur, à découvrir.