Bellflower – Interview d’Evan Glodell

Publié le 19 mars 2012 par Michel Bezbakh dans CDDJ PLUS

À l’occasion de la sortie en France, le 21 mars 2012, de son premier film Bellflower, Evan Glodell nous a fait le plaisir de nous rencontrer. Pour Ça Dépend des Jours, cette nouvelle figure du cinéma indépendant américain revient sur les difficultés rencontrées jusqu’à l’achèvement de son œuvre, sur son désir irrépressible de « faire des films » et les raisons qui l’ont poussé à mettre en image une histoire personnelle.

Ça Dépend des Jours : Pouvez-vous nous raconter un peu les difficultés de production de ce film ? Un vrai combat ?
Evan Glodell : Oui, c’était un combat de tous les jours. J’ai souvent eu l’impression que c’était impossible de continuer. On était fauchés, la voiture est tombée en panne, ça a coûté plusieurs centaines de dollars pour la réparer… ça a vraiment été très difficile.

CDDJ : Vous avez sacrifié beaucoup de choses, vous avez vendu une partie de vos biens, vécu dans des conditions précaires… Pourquoi un tel acharnement ?
E.G. : Parce que faire des films, c’était le rêve. Je suis allé à Hollywood pour essayer de faire des films. J’y suis resté pendant sept ans sans que rien ne s’y passe. Je tournais des courts-métrages tout seul. J’ai fait le point. J’avais un script depuis longtemps mais personne ne voulait m’aider. Ça a été très dur, si bien que je me suis demandé ce que j’allais bien pouvoir foutre de ma vie, et si je n’allais pas laisser tomber pour faire autre chose. Mais il y avait beaucoup de gens qui étaient dans la même situation que moi. C’est pour cette raison que beaucoup de personnes voulaient participer à ce film afin que le rêve devienne réalité.

CDDJ : Et votre personnage arbore un t-shirt sur lequel est marqué « Hollywood »…
E.G. : Oui ! Oui… Le t-shirt Hollywood… J’y pense toujours mais je n’ai pas grand-chose à en dire. Si ce n’est que je pense qu’il apparaît à un moment intéressant du film, parce qu’à partir de là, tout devient très hollywoodien et tout bascule dans le chaos.

CDDJ : Vous avez essayé de rencontrer beaucoup de personnes qui ont refusé de travailler avec vous à Hollywood ? Avez-vous côtoyé des réalisateurs qui rencontraient les mêmes difficultés ?
E.G. : Oui, j’ai rencontré beaucoup de gens dans la même position que moi. La plupart des gens ayant travaillé dans Bellflower avaient participé à mes court-métrages. On formait un petit groupe qui, en ville, faisait des petits films, des vidéos amateur. C’est à ces gens que j’ai parlé de mon projet.

Dans le système hollywoodien, je n’ai pas pu avoir le moindre rendez-vous. Une fois ou deux j’ai pu rencontrer des producteurs, j’ai apporté le script, je leur ai expliqué ce que je voulais faire, ils ont dit « oui, oui ! » et je n’ai jamais eu de nouvelles.

CDDJ : Pourquoi avoir voulu raconter une histoire personnelle si douloureuse, plutôt que de la mettre de côté pour l’oublier ?
E.G. : Je ne crois pas avoir eu le choix en fait. J’ai eu une expérience qui m’a énormément touché mais c’est vrai qu’au début, je ne pensais pas en faire un film. J’étais effondré, j’y pensais, j’y pensais, et peu de temps après, j’ai eu comme un signal, un élément déclencheur : l’idée d’en faire un film m’est venue subitement. Finalement j’ai pris ce que j’avais, je n’ai pas choisi.

CDDJ : On peut qualifier cette histoire d’amour d’« universelle » : elle est sans doute arrivée à beaucoup de gens. Vous l’avez raconté d’abord pour les aider ou plutôt pour tourner la page personnellement ?
E.G. : D’abord pour moi. Et puis corollairement pour certains de mes amis qui ont vécu le même genre de chose. Mais c’est mon expérience qui était le point central.

CDDJ : Le film est très stylisé. Est-ce votre marque de fabrique ou était-ce selon vous la seule manière de raconter cette histoire-là ?
E.G. : (Il réfléchit) Je pense que c’est les deux. L’idée du film est d’abord venue à moi d’une manière très simple : il serait séparé en deux. La première partie serait le développement d’une relation amoureuse idéalisée et la seconde ressemblerait à un cauchemar. Ce serait d’abord génial puis ce serait l’enfer. Je voulais faire un film où le spectateur parvienne à s’identifier totalement aux personnages, comme dans un film d’amour de Bollywood : je voulais que les gens y croient entièrement, pas seulement à moitié comme dans les films d’horreur. Il fallait qu’ils connaissent les personnages totalement pour qu’ils puissent croire à ce « switch » au milieu du film. Je devais donc laisser du temps pour qu’un lien solide se crée entre les personnages et le public. C’était la seule façon pour que le spectateur parte lui-aussi dans cette descente aux enfers, pour qu’il entre avec eux dans ces choses pénibles et reste investi dans le film.

CDDJ : Et en ce qui concerne spécifiquement la photographie très particulière de Bellflower (pour laquelle vous avez bricolé vous-même vos objectifs) : est-ce du Evan Glodell comme on le verra dans vos prochains films ou était-ce vraiment propre à ce film-là en particulier ?
E.G. : Il y a environ deux ans, un producteur m’a contacté pour faire un court-métrage avec mes caméras. Je l’ai donc tourné selon mon style, mais quand il a vu le résultat, ça ne lui a pas plu du tout. Il voulait quelque chose de propre, de parfait, tourné avec une Red1. C’est donc ce que j’ai fait, mais je me suis senti comme handicapé sans mes outils. Le résultat a plu aux gens mais j’ai vécu cette expérience comme une limitation.

CDDJ : Trois mois de tournage environ, trois ans de montage… Il a donc fallu faire des choix difficiles, abandonner une bonne partie de ce que vous aviez filmé. Vous n’avez pas de regret aujourd’hui ? C’est le résultat que vous souhaitiez ?
E.G. : (Convaincu) Oui, oui. Nous n’avions pas de contraintes, il n’y avait personne qui attendait un résultat précis. Tout le monde s’est beaucoup investi pour faire la meilleure chose possible. J’ai énormément travaillé dessus. Au final, je crois qu’il n’y avait pas d’autre possibilité que le film tel qu’il est. Je me suis dit : « c’est ça, c’est le meilleur résultat possible ». Je me sens… je me trouve chanceux. Ce n’est pas exactement ce que j’avais imaginé, évidemment, mais c’est le film que je voulais.

CDDJ : Aujourd’hui, après la sortie du film aux Etats-Unis, des portes se sont-elles ouvertes à Hollywood pour vos projets à venir ? Les choses vont-elles se passer différemment ?
E.G. : Que voulez-vous dire ? Vous demandez si je vais avoir plus d’argent ou si je vais perdre le contrôle sur mes films ?

CDDJ : Les deux. Peut-être que vous aurez plus d’argent. Ça peut vous faire peur.
E.G. : Oui, j’ai peur de ne plus être dans mon élément, j’ai peur d’être obligé de terminer mon film trop vite. Maintenant, je passe le tiers de mon temps à voir des producteurs, des gens qui ont de l’argent, à aller à des rendez-vous. Chaque semaine, j’ai plusieurs rendez-vous. Ils me disent comment ils ont l’habitude de travailler, ce que les contrats stipulent. Donc une grande partie de mon travail aujourd’hui est de savoir avec qui je vais pouvoir travailler. Je veux continuer à avoir le contrôle sur ce que je construis et travailler avec des gens qui vont m’aider plutôt que me nuire.

CDDJ : Une petite dernière question au sujet de vos goûts cinématographiques… Que pensez-vous du cinéma français ?
E.G. : Gaspar Noé est l’un de mes réalisateurs préférés sur la planète… C’est une bonne réponse ou pas ? Je sais que ce n’est pas le réalisateur le plus apprécié ici… Mais je ne connais pas très bien le cinéma, ni d’ici ni d’ailleurs. J’aime bien les films mais je n’en ai pas vu énormément, même des films américains.

En venant ici j’ai embêté tout le monde pour essayer de trouver quelqu’un qui pourrait me permettre de rencontrer Gaspar Noé. Mais apparemment, il est en Argentine. Heureusement, quelqu’un m’a donné son numéro de téléphone ! Il y a deux ans, je voyais ses films au cinéma, et maintenant, j’ai son… (il sort son iPhone et en montre le répertoire d’un air triomphant)… j’ai réussi à avoir son numéro de téléphone !

••••••

Voir la critique de Bellflower sur CDDJ

  1. Une caméra numérique haute définition très utilisée actuellement, NDLR []

A propos de l'auteur

Michel Bezbakh
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En plus de partager son amour du cinéma sur Ça dépend des jours, il étudie au Centre de Formation des Journalistes (CFJ) et travaille à Infosport+.

3 commentaires sur cet article



  1. Photo du profil de Sandra
     

    le 06 de gaspar noé ? hihihihiiiiii ! *fanboy*


  2. Photo du profil de Guilhem
     

    Il a l’air sympa comme tout. Et puis le coté, je te fais un film en dehors des sentier balisés d’Hollywood, ça force toujours un peu le respect.


  3. Photo du profil de Djool
     

    Alors effectivement, autant j’ai pas aimé son film de merde pour hipsters fauchés, autant le type est sympathique, même dans le film il a l’air sympa en fait.



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