Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin

Le 22 février 2012 par Cédric Le Men dans Drame

Notes

Réalisation
90%


Casting
90%


Scénario
80%


Photo
85%


Musique
70%


Intérêt
85%


Total Score
83%

83/ 100

Genre:
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , , , , , ,
 
 
Scénario:
 
Photographie:
 
Musique: ,
 
Pays:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 101 minutes
 
Crédit photographique: Twentieth Century Fox France
 

Les Plus:

Un casting absolument parfait, une réalisation maîtrisée.
 

Les Moins:

Un manque véritable de clarté dans le propos.
par Cédric Le Men
La critique

Est considéré comme secte un groupe partageant une même doctrine philosophique, éthique ou religieuse, généralement sous le contrôle d’une personne à qui l’on attribue des pouvoirs particuliers sur les membres du groupe. Extrêmement polémique, le terme désigne généralement une organisation dont les agissements vont à l’encontre du bien public en général et de ses membres en particulier : privation de libertés, abus financiers ou corporels, pressions psychologiques, rupture avec l’environnement familial… la secte représente une menace pour l’ordre social.

C’est ce contexte que choisit Sean Durkin pour son premier film, Martha Marcy May Marlene. La jeune Martha décide un beau jour de quitter une communauté dans laquelle elle vit depuis deux ans. Deux années sans donner de nouvelles à sa famille, notamment à sa sœur aînée Lucy, chez qui elle se réfugie et à qui elle ment en prétendant être allée vivre avec son fiancé. Alors qu’elle essaie péniblement de faire reprendre à sa vie un cours normal, on découvre peu à peu ce qui s’est vraiment passé pendant ces deux années.

La première force du film, c’est son interprétation. La jeune actrice de 23 ans à peine, Elizabeth Olsen, dont c’est pour elle aussi le premier film, est particulièrement juste et touchante dans le rôle de Martha, une jeune fille paumée, dont les quelques repères qui lui restent sont extrêmement fragiles, vacillants. On passe ainsi de sa vie actuelle, après les faits, à sa vie au sein de la communauté. Une communauté que rien ne désigne comme néfaste au premier abord : il n’y est pas question de culte religieux, ni même de culte de la personne, et tout semble indiquer qu’il s’agit là d’une petite communauté de marginaux, d’idéalistes qui semblent partager un mode de vie original et singulier. Le leader de ce groupe, l’énigmatique Patrick, fait davantage office de second père que de guide spirituel, jusqu’au jour où Martha, que Patrick a d’emblée rebaptisée Marcy May à son arrivée, va se réveiller nauséeuse, Patrick sur elle, en elle.

Dès lors, on va suivre l’évolution de l’ensemble des personnages, Martha/Marcy May en tête. Tout y est : rupture avec le monde extérieur — le téléphone ne sert qu’à recevoir des appels, il faut une autorisation de Patrick pour l’utiliser, et, sur le mur, des indications précises sur ce que l’on doit dire ou non ; rupture avec l’environnement familial — la jeune Zoe, autre « pensionnaire », n’appelle son père que pour lui demander de l’argent, à la demande expresse de Patrick ; pressions psychologiques fortes — Patrick demande à Martha d’abattre au pistolet un chat supposément malade, avant de lui demander de tirer sur l’un des membres du groupe ; esprit de groupe — aucune possession matérielle propre, relations sexuelles en groupe ; dépersonnalisation — les arrivantes se voient attribuer un nouveau nom…

Sean Durkin dresse dès lors un portrait extrêmement sombre et complet de la vie dans une secte. Un portrait qui lui a été inspiré par une amie proche, elle-même victime d’une secte. Ici, les choses se font naturellement, presque imperceptiblement. Ce qui semblait inacceptable devient la norme, même pour elle : ainsi, elle inflige à une nouvelle arrivante le même traitement que celui qui lui a été infligé, en employant les mêmes mots, les mêmes gestes… Un dérapage par-ci, une entorse par-là… jusqu’au drame qui va pousser Martha à vouloir quitter cet endroit.

Seul petit reproche que l’on pourrait adresser au film et au réalisateur : si toutes les séquences au sein de la secte sont particulièrement fortes et admirablement construites, les scènes présentant Martha chez sa sœur sont quant à elles inégales. Certes, le comportement de Martha est troublant, ses sautes d’humeurs inquiétantes. Toutefois, son mutisme et la cruauté dont elle fait preuve à l’égard de sa sœur et de son mari sont particulièrement fatigantes et on meurt d’envie de la secouer un peu. Volonté de la part du réalisateur ou contraste trop violent avec le reste du film ? Le fait est qu’on se demande parfois où Sean Durkin veut nous mener. Un constat qui ne nuit en rien à la qualité globale du film et ne fait que provoquer une interrogation supplémentaire sur les véritables intentions du réalisateur sur ces passages en particulier.

À côté de ça, c’est impeccable. La mise en scène est irreprochable, Sean Durkin se permettant même quelques petits artifices de mise en scène fort bien sentis pour faire le raccord entre la vie de Martha chez sa sœur et sa vie en communauté — Martha s’élance d’un ponton au bord d’un lac auprès de sa sœur et atterrit au pied d’une cascade où se baignent les membres de la communauté, après plusieurs mètres de chute. L’interprétation est soignée, avec une mention spéciale pour la performance de la très tendre Sarah Paulson, que l’on a pu admirer, à l’instar de John Hawkes qui interprète ici Patrick, dans l’excellente série HBO Deadwood.

Dérangeant et frôlant souvent le malsain, Martha Marcy May Marlene est un excellent premier film et Sean Durkin s’assure à n’en pas douter un futur brillant. On attendra donc avec impatience de voir s’il parvient à transformer ce premier essai prometteur. D’ici là, nous aurons toutefois le plaisir de retrouver Elizabeth Olsen dans le très attendu Red Lights de Rodrigo Cortés — qui nous avait déjà bien secoué avec le simple mais prenant Buried —, aux côtés de rien de moins que Robert De Niro, qui semble y interpréter un rôle très fort, chose fort rare de sa part dernièrement.


A propos de l'auteur

Cédric Le Men
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Issu d’une famille de musiciens, Cédric fonde en 1995 le groupe Zahori, avec lequel il se produit pendant près de 10 ans, avant de se spécialiser dans la réalisation cinématographique à l’ESRA. Il y réalise les courts-métrages "Kaeron" et "Lacrimosa", dont il compose aussi en partie les musiques originales. Plus récemment, Cédric réalise le court métrage "Dieu reconnaîtra les Siens".

1 commentaire sur cet article



  1. avatar
     

    Enorme claque devant ce film! Sans doute la plus grosse depuis le début d’année, même si Take Shelter l’avait bien débutée. La beauté de la mise en scène devrait se passer de commentaire. Exceptionnel.



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