Le Territoire des Loups de Joe Carnahan

Le 21 février 2012 par Cédric Le Men dans Action

Notes

Réalisation
95%


Casting
90%


Scénario
90%


Photo
95%


Musique
90%


Intérêt
95%


Total Score
93%

93/ 100

Genre: , ,
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , , ,
 
 
Scénario: ,
 
Photographie:
 
Musique:
 
Pays:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 117 minutes
 
Titre original: The Grey
 
Crédit photographique: Metropolitan FilmExport
 

Les Plus:

Une tension permanente, un casting parfait, des images à couper le souffle...
 

Les Moins:

Rien à redire, ou si peu.
par Cédric Le Men
La critique

Ceux qui ne connaissent Joe Carnahan que grâce à L’Agence tous risques sorti l’année dernière passent sans nul doute à côté d’un réalisateur/scénariste infiniment plus profond et capable que ce que ce film, pourtant très réussi, jouissif et drôle propose. En témoigne son premier succès, le troublant Narc, qui offrait au passage un rôle sur mesure à ses deux comédiens principaux : Jason Patric et Ray Liotta, tous deux en sévère perte de vitesse alors. Drame policier maîtrisé de bout en bout, le film prenait aux tripes dès sa séquence d’ouverture, anthologique, et jusqu’à un final tétanisant. Et si Carnahan s’est ensuite amusé à pondre quelques films plus légers et volontairement fun, ça n’est que pour mieux nous asséner un coup de poing dans le ventre avec Le Territoire des Loups.

Ottway vit reclus dans une petite ville pétrolière du nord de l’Alaska. Son travail : protéger les travailleurs qui œuvrent à la construction d’un pipeline de la menace permanente que représentent les loups. Leur travail terminé, ils prennent l’avion pour rentrer chez eux. Malheureusement, l’avion s’écrase au milieu de nulle part, en plein territoire des loups. Ottway et les membres de son équipe qui ont survécu au crash vont alors tout faire pour survivre, malgré la menace, malgré la neige, malgré le froid, malgré eux-mêmes…

Liam Neeson, excellent comme d’habitude, incarne donc Ottway pour sa deuxième collaboration avec Joe Carnahan. Un personnage au sombre passé, pistolero des temps modernes, torturé par les souvenirs d’une femme que l’on devine être son épouse. Une femme à laquelle il pense nuit et jour, dont l’image l’obsède, qu’il voit en rêve et qui va l’accompagner jusque dans les derniers instants du film. Un personnage mystérieux dont on ignore presque tout, si ce n’est ce que l’on voit : excellent tireur, fin connaisseur des comportements animaux et de la nature dans son ensemble, un irlandais expatrié à l’autre bout du monde, dans une contrée qu’il semble malgré tout connaître comme le fond de sa poche.

Le reste est à l’avenant : tous les personnages sont impeccablement interprétés par l’ensemble du casting, composé de quasi-inconnus ou d’acteurs habitués aux seconds rôles. Pourtant, tous parviennent sans mal à conférer une véritable substance à leurs personnages, tous merveilleusement écrits et définis. Chacun possède son histoire, son passé, et on ne manquera pas de s’émouvoir lorsque les loups, impitoyables, s’empareront d’eux — avec une mention toute particulière à Talget, interprété par un Dermot Mulroney inspiré. Le manichéisme n’est pas de mise et on apprend à se familiariser avec chacun d’eux, malgré leurs défauts, leurs secrets et ce qu’ils cherchent tous à cacher à un niveau ou à un autre sous leurs grands airs : leur peur viscérale face à la nature, à l’inconnu, à la menace des loups.

Car c’est bien là le personnage central du film, cette nature implacable, la meute qui les traque et les élimine un à un. Au-delà même du sort des survivants, Joe Carnahan soulève une problématique simple : qu’est-ce qui justifie la présence de l’homme en ce lieu ? Pourquoi cette poignée de survivants mériterait-elle de vivre, d’en réchapper ? Un questionnement que s’approprient peu à peu Ottway et ses compagnons au fur et à mesure de leur progression dans un paysage immaculé, privés de repères qu’il sont, alors que la technologie leur fait à son tour défaut. Un questionnement qui fait écho au poème, écrit dans le film par le père d’Ottway alors que celui-ci est enfant :

Once more into the fray
Into the last good fight I’ll ever know
Live and die on this day
Live and die on this day1

À ce titre, Joe Carnahan semble se ranger du côté de l’avis de certains philosophes et naturalistes — parmi lesquels l’astrophysicien et écologiste Hubert Reeves —, qui exhortent à reconsidérer, dans le langage même et les mentalités subséquentes, le statut de « nuisible ». Ici, le loup est dans son habitat et l’homme est nuisible : il n’a rien à faire là, il ne fait que bousculer un ordre naturel millénaire et mettre en péril un écosystème. Et si, au début du film, le loup est considéré comme indésirable et abattu à vue, les cartes changent naturellement de main quand c’est l’homme qui se retrouve sur son territoire, le loup agissant dès lors de plein droit.

Côté réalisation, c’est impeccable et l’on retrouve la force de la mise en scène de Narc au détour de certaines séquences. Le crash est tout simplement tétanisant par sa brièveté et son intensité et ne devrait pas avoir de mal à figurer parmi les références en la matière, de la même façon que la séquence d’ouverture de Narc fait désormais figure de référence en matière de course-poursuite. Mais, plus encore, le réalisateur parvient à transmettre une impression d’isolement, d’immense solitude. Par sa mise en scène, Joe Carnahan procure au spectateur le même sentiment d’égarement, de perte de repères dans une étendue recouverte de neige.

À la lumière, le travail de Masanobu Takayanagi est absolument remarquable. Le chef-opérateur, remarqué récemment pour son travail sur Warrior de Gavin O’Connor, installe sur Le Territoire des Loups une ambiance lumineuse extrêmement désaturée, qui plonge les personnages dans des nuances infinies de gris-blanc desquelles on ne distingue rien, véritablement. Quelques plans sont sublimes et marqueront les mémoires, comme cette séquence lors de laquelle nos personnages sont forcés de se jeter dans le vide alors qu’ils sont pris au piège entre les loups d’un côté et une falaise abrupte de l’autre. Une ambiance que Marc Streitenfeld, le compositeur, vient renforcer avec une bande-originale discrète mais diablement efficace.

Certains groupes activistes environnementalistes ont attaqué le film en l’accusant de représenter les loups sous un jour négatif. À ceux-là, force est de répondre qu’ils n’ont pas compris le film. S’il faut effectivement regretter et se révolter de la décision de retirer le loup de l’Endangered Species Act de 1973 à une époque où sa population est considérablement affaiblie, on ne peut que voir le film comme un manifeste naturaliste, qui désigne clairement l’être humain comme « nuisible » — et ça n’est probablement pas anodin si Joe Carnahan a choisi de faire de ses personnages des exploitants pétroliers. Le loup n’est présenté ni positivement ni négativement, pas plus que l’homme lui-même. Chacun est montré selon une nécessité qui lui est propre : celle de protéger son territoire pour le loup ; celle de survivre pour l’homme. Un fait que Joe Carnahan a, lui, parfaitement compris et intégré à ce qui sera sans nul doute l’un des incontournables de l’année 2012.

  1. Littéralement : Une fois de plus au cœur de la bataille / Dans le dernier combat juste que je livrerai jamais / Vivre et mourir ce jour / Vivre et mourir ce jour. Le poème a de fait été composé par le réalisateur du film, Joe Carnahan lui-même. []

A propos de l'auteur

Cédric Le Men
avatar

Issu d’une famille de musiciens, Cédric fonde en 1995 le groupe Zahori, avec lequel il se produit pendant près de 10 ans, avant de se spécialiser dans la réalisation cinématographique à l’ESRA. Il y réalise les courts-métrages "Kaeron" et "Lacrimosa", dont il compose aussi en partie les musiques originales. Plus récemment, Cédric réalise le court métrage "Dieu reconnaîtra les Siens".

4 commentaires sur cet article



  1. avatar
     
    Pamp

    Ah je savais pas que c’était le réal de NARC !


  2. avatar
     
    Dagon

    J’espère que il va pouvoir enfin réaliser Killing Pablo.


  3. avatar
     
    Dagon

    J’espère qu’il aura enfin le feu vert pour réaliser Killing Pablo.


  4. avatar
     
    Dextarian

    Pas pu le voir, pas eu le temps, pas rester assez longtemps à l’affiche et c’est bien bien dommage :(



Afin d’assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. L'inscription est gratuite.

La selection des actu
  • AltJ
  • Pour que Pendant les Travaux le cinéma reste ouvert reste à l'antenne
  • Sin City 2 photo film la suite sur CDDJ Couverture
  • 2657694088_small_1
  • THE WHO 03
  • REDSKYUNE
  • mesures
  • copyright Ayers Rock Boat Lyon /DR
  • REDSKY2
  • robert-pattinson-in-the-rover