Peter Gabriel – Peter Gabriel 4 (Security)

Le 19 février 2012 par Cédric Le Men dans Rock

Notes

Composition
95%


Mixage
80%


Arrangements
85%


Intérêt
95%


Total Score
89%

89/ 100

Genre: , ,
 
Pays:
 
Artiste:
 
Producteur: ,
 
Publication: ,
 
Enregistrement:
 
Date De Sortie:
 
 
Nombre de disques: 1 CD
 
Titres: "The Rhythm of the Heat" – 5:15 "San Jacinto" – 6:21 "I Have the Touch" – 4:30 "The Family and the Fishing Net" – 7:08 "Shock the Monkey" – 5:23 "Lay Your Hands on Me" – 6:03 "Wallflower" – 6:30 "Kiss of Life" – 4:17
 
Durée: 45:27 minutes
 
Crédit photographique: ©D.R.
 

:

Un album majeur, celui du changement pour Peter Gabriel.
 

:

Une chanson moins bonne que les autres, c'est inadmissible !!!
par Cédric Le Men
La critique

1982. Peter Gabriel, co-fondateur et principal interprète du groupe de rock progressif Genesis a maintenant quitté le groupe depuis cinq ans, lors desquels il développe la carrière solo qu’on lui connait. Après un premier album remarqué en 1977, notamment grâce à ses titres phares, Here Comes the Flood et, surtout, Solsbury Hill, Gabriel enchaîne les disques jusqu’à son quatrième album, sobrement intitulé Peter Gabriel — de même que ses trois précédents albums, eux-mêmes intitulés Peter Gabriel 1, 2 et 3 — et surnommé Security pour sa sortie nord-américaine.

Le 8 septembre 1982, quand l’album sort, je n’ai même pas tout à fait six ans mais, déjà, un intérêt plus que prononcé pour la musique. Je vais donc piocher dans les 33 tours de mes parents, à la recherche de ce qui viendra prendre la relève de Chantal Goya et Dorothée dans mes oreilles d’enfant. Je tombe sur une pochette bizarre, un visage, peut-être. Une fois le micro-sillon posé sur la platine, la musique débute doucement. Et, sans le savoir, me voilà devenu accro à un artiste que je vais suivre sans faillir pendant près de trente ans, pris que je suis dans un tourbillon de sons, d’émotions, un maelström musical.

Une percussion inquiétante monte lentement et, après quelques mesures, un cri surgit. Celui de Peter Gabriel et sa voix si particulière, qui ouvre le bal. Je ne comprends pas les paroles, je ne sais pas de quoi il parle, mais l’ambiance est définitivement là, dans The Rhythm of the Heat, premier titre de PG4. Peter Gabriel y joue avec aisance un jeu d’inquiétudes, d’inconfort… un jeu tout en finesse, tout en tension, un crescendo inéluctable qui explose en une longue et impressionnante vocalise du chanteur, pour finir sur presque deux minutes de percussions africaines. Une chanson résolument spirituelle, psychologique, très en phase avec son thème puisque Gabriel y évoque l’« expédition psychologique de Bugishu » que le psychanalyste Carl Gustav Jung entreprit avec ses collègues George Beckwith et Harold McCormick en Afrique — plus précisément au Kenya, en Ouganda puis au Soudan et en Egypte — en 1925 et l’expérience musicale hors du commun qu’il décrit, alors qu’il est saisi d’une peur indicible en écoutant un groupe de percussionnistes et de danseurs que la musique finit par faire entrer en transe.

Suit immédiatement l’autre chef-d’œuvre de PG4, San Jacinto. Bien que formellement très différent de The Rhythm of the Heat, il garde néanmoins une structure assez proche en cela qu’il débute lentement sur une base atypique, pour se construire au fur et à mesure de sa propre progression et finir en apothéose. Comme expliqué par Peter Gabriel lui-même lors de ses concerts, la chanson parle du rite initiatique vécu par un jeune apache, tel qu’il lui a été directement rapporté plusieurs années plus tard par le jeune apache devenu vieux portier d’un hôtel du Midwest. Thématiquement, on reste finalement relativement proche de The Rhythm of the Heat, avec des paroles très analytiques, très descriptive d’un ressenti particulier, à un moment particulier d’une vie. D’un côté, le discours inventé d’un psychanalyste en voyage dans une contrée étrangère ; de l’autre, celui d’un jeune homme en proie à des hallucinations, des rêves, en plein voyage intérieur.

Suit l’entraînant I Have the Touch et, là encore, Peter Gabriel explore la psyché, dans le sens psychologique du terme1. Ce titre fait le constat d’un fait courant à notre époque : un manque évident de communication tactile, une aliénation de l’individu, sa subordination à une culture et un système de pensée qui sont fondamentalement anti-naturels. Peter Gabriel prend donc le point de vue inverse, celui d’une personne que la foule stimule, qui fait l’apologie du contact, qui exorte au toucher — « Shake those hands !2 »

The Family and the Fishing Net aborde un thème quelque peu différent : celui du mariage, des tensions au sein du couple, de ce qu’un individu extérieur peut percevoir du couple et qui n’est bien souvent que la partie visible de l’iceberg matrimonial. Une chanson inspirée par sa propre histoire puisque, au moment de la production de PG4, sa première femme entretenait alors une relation adultère avec son producteur. The Family and the Fishing Net vient donc comme une chanson prémonitoire, dans laquelle Peter Gabriel fait état de son intuition sur la situation de son propre couple. Une chanson à laquelle Shock the Monkey, autre titre phare et bien connu des amateurs, fait écho en n’abordant pas le problème de la thérapie par électrochocs, contrairement à ce que son titre peut laisser penser, mais le thème de la jalousie — le monkey du titre se référant directement à la jalousie que l’un ou l’autre peut éprouver et la façon dont elle peut déchaîner les passions les plus extrêmes.

Lay Your Hands on Me est là encore un écho direct à I Have the Touch, sur la forme. Peter Gabriel y parle toutefois de confiance, de sacrifice, de guérison par la présence de l’autre. L’autre, ou plutôt le public, cible directe de cette chanson et son habitude, à l’époque de la sortie de l’album, de se jeter dans le public sur ce titre — une pratique assez peu en vogue à cette époque3.

Peter GabrielLay Your Hands on Me
Le fameux stage dive de Peter Gabriel en concert (à partir de 5mn environ).

Wallflower est probablement la chanson la plus directement évocatrice, en même temps que la plus triste et la plus douce de cet album. Peter Gabriel se place du point de vue du prisonnier, de celui que la solitude et l’enfermement rendent fou, peu à peu. « 6 x 6, from wall to wall, shutters on the windows, no light at all4 » : les premiers vers de la chanson expriment toute la force de ce titre emblématique, inspiré à Gabriel par un rapport d’Amnesty International sur des pratiques de torture au Chili. Heureusement, l’album se conclut sur le plus léger et primesautier Kiss Of Life, un titre sans grande envergure il faut bien l’avouer, sur un album absolument génial, qui possède néanmoins le mérite de le faire terminer sur une note des plus joyeuses.

Techniquement, PG4 est tout simplement effarant et il reste encore difficile de lui trouver un véritable défaut technique, près de trente ans plus tard. La composition est incroyablement bien sentie et formidablement bien rendue par une instrumentation et un mixage irréprochables pour l’époque, même si nous ne ferions probablement pas les mêmes choix artistiques aujourd’hui, la technique et les mœurs musicales ayant depuis évolué. Difficile de faire plus professionnel avec des musiciens tel que David Rhodes à la guitare, Tony Levin à la basse, Jerry Marotta à la batterie et Larry Fast aux claviers, accompagnés bien sûr de Peter Gabriel, lui-même claviériste et poly-intrumentiste de talent5. Une dream team, un cocktail absolument détonnant, déjà éprouvé par le passé puisque tous, ou presque, ont participé aux trois premiers albums remarquables et remarqués de l’« Archange Gabriel »6. Plus tard, j’allais découvrir que cet album était l’album du changement pour Peter Gabriel, qui passe alors de l’expérimentation électronique de 2 et 3 à la World Music qui le caractérise aujourd’hui — même si son avant-dernier album studio, Up, baigne lui aussi dans un métissage de sons électros et d’arrangements orientés World.

Peter GabrielWallflower Live en novembre 2010 avec Tom Cawley

PG4 est un album profond, abordant des thématiques fortes et très largement inspiré par les rapports, conflits, douleurs humains. On ne sera pas étonné de savoir que c’est sur la base de cet album que Peter Gabriel travaillera à la composition du score du très beau Birdy d’Alan Parker, drame psychologique dans lequel deux amis, soldats durant la guerre du Viêt Nam et traumatisés chacun à leur façon, vont se retrouver, vont se confronter et faire face à leurs souvenirs. Un film magnifique, abordant de très juste manière les notions de folie, d’interdépendance, d’amitié en étant tout à la fois une reflexion pertinente sur les effets de la guerre. Un film à voir, un album à écouter, encore et encore.

  1. C’est à dire l’ensemble des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité d’un individu ; l’ensemble des phénomènes psychiques qui constituent l’individualité. []
  2. « Serrez-vous la main ! » []
  3. Le premier stage dive a toutefois été osé par Iggy Pop en 1968 ! []
  4. Littéralement : « 6m sur 6m, d’un mur à l’autre, des volets sur les fenêtres, aucune lumière. » []
  5. En plus de chanter divinement bien, il joue de la batterie, des claviers et du piano, de la flûte traversière, de la guitare, de la basse, du hautbois et de l’harmonica. []
  6. C’est ainsi que son amie et collègue Kate Bush le présenta lors d’une performance live de Here Comes the Flood pour un show de Noël dont elle était l’hôtesse. []

A propos de l'auteur

Cédric Le Men
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Issu d’une famille de musiciens, Cédric fonde en 1995 le groupe Zahori, avec lequel il se produit pendant près de 10 ans, avant de se spécialiser dans la réalisation cinématographique à l’ESRA. Il y réalise les courts-métrages "Kaeron" et "Lacrimosa", dont il compose aussi en partie les musiques originales. Plus récemment, Cédric réalise le court métrage "Dieu reconnaîtra les Siens".

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