Albert Nobbs de Rodrigo Garcia

Le 15 février 2012 par Cédric Le Men dans Drame

Notes

Réalisation
90%


Casting
100%


Scénario
90%


Photo
90%


Musique
90%


Intérêt
90%


Total Score
92%

92/ 100

Genre:
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , , , , , ,
 
 
Scénario: , , , ,
 
Photographie:
 
Musique:
 
Pays: ,
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 117 minutes
 
Crédit photographique: Chrysalis Films
 

Les Plus:

Des acteurs impressionnants dans un film troublant de sensibilité.
 

Les Moins:

Des personnages un poil trop manichéens.
par Cédric Le Men
La critique

Qu’il s’agisse d’Athena revêtant l’aspect de Mentor pour venir en aide à Télémaque dans l’Odyssée, ou Portia qui, dans Le Marchand de Venise de William Shakespeare, recours au travestissement pour plaider à la cour, jusqu’à l’histoire d’amour de la pièce M. Butterfly de David Henry Hwang, ou Dustin Hofmann qui, dans Tootsie de Sidney Pollack, se travestit pour auditionner un rôle, le travestissement est, depuis l’antiquité, un puissant ressort comique et dramatique. Nouveau venu dans la longue liste des films « transgenres », le très beau Albert Nobbs, de Rodrigo Garcia.

Albert Nobbs est majordome dans un grand hôtel de Dublin, le Morrison. Tous les jours, il veille au confort, au bien-être de ses occupants : un vieux médecin amateur de bonne chère, un vicomte débauché… Un homme singulier, discret, qui lutte jour après jour pour survivre dans les horribles conditions de vie irlandaises au XIXe siècle. Un homme qui cache un lourd secret, qu’un « invité » tout aussi indésirable qu’inattendu et surprenant va révéler : Albert Nobbs est… une femme.

Albert Nobbs, pour l’actrice Glenn Close, n’est pas un simple film : c’est le projet d’une vie. La première rencontre entre le personnage et son interprète s’est faite au théâtre en 1982, alors qu’elle l’incarnait pour la première fois sous la direction de Simone Benmussa. Et Albert Nobbs de s’installer confortablement en elle, de se glisser sur elle comme une seconde peau, de l’incarner à son tour, à tel point que trente ans plus tard, l’actrice se sente dans l’obligation de livrer une nouvelle adaptation de la nouvelle de George Moore, La vie singulière d’Albert Nobbs, au cinéma cette fois-ci.

Et grand bien lui en a pris ! Non seulement actrice, mais aussi scénariste et productrice, Glenn Close est simplement effarante de justesse et de richesse de jeu dans ce film touchant, incroyablement profond. Car Albert Nobbs, contrairement à beaucoup de films dont l’un des personnages au moins se travestit pour une raison ou pour une autre, va bien au delà du simple recours dramatique. Le film parle avant tout de sacrifice de soi, d’oubli de soi au profit d’un devoir, d’une nécessité véritable. Albert Nobbs n’agit que pour une seule chose : aller au bout de son rêve. Un rêve fou, difficilement réalisable dans de telles circonstances, mais profondément humain.

Pour l’aider dans son travail, Glenn Close s’entoure d’un casting absolument parfait : Mia Wasikowska, découverte dans la brillante série télévisée In Treatment et portée vers la gloire par le très discutable Alice de Tim Burton, incarne Helen Dawes, une jeune femme de chambre volontaire, vénale et légère, dont Albert va s’éprendre. Elle-même va toutefois tomber amoureuse de Joe — incarné par Aaron « Kick-ass » Johnson —, un moins-que-rien qui réussit à se faire une place dans l’hôtel par chance plus que par talent. Un homme lui-aussi motivé par l’appât du gain et par un rêve : partir vivre une nouvelle vie en Amérique. Contrepoint d’Albert Nobbs : Janet McTeer incarne Hubert Page, un peintre venu restaurer une partie de l’hôtel et qui, partageant pour une nuit la chambre d’Albert, va percer à jour son secret et bien plus encore. Vous l’aurez compris : du premier au dernier rôle — Brendan Gleeson, incroyablement beau ; Jonathan Rhys-Meyers, délicieusement décadent ; Pauline Collins, horrible tenancière d’hôtel —, le casting complet mérite une ovation.

Difficile de parler d’Albert Nobbs sans trop en dire, au risque de briser la magie du film. Car si le réalisateur, talentueux Rodrigo Garcia — connu tout autant pour son travail en télévision : encore une fois, sur la série In Treatment, mais aussi sur Six Feet Under, Carnivàle ou Les Soprano ; qu’au cinéma : Nine Lives, Les PassagersCe que je sais d’elle… d’un simple regard sur lequel il rencontre Glenn Close —, choisit de placer son spectateur dans la position délicate de spectateur omniscient, il parvient néanmoins à préserver un certain voile sur le film. Et si l’on se doute de l’issue de ce drame, on se prend nous aussi à rêver avec Albert.

Et pour une fois, à une époque où les origines sont à la mode, on prend l’action in media res. Le propos n’est pas de suivre la vie d’Albert depuis sa naissance, ni même de comprendre le comment du pourquoi, mais bel et bien de l’accompagner sur une courte période, de vivre avec lui. De comprendre ce qui le définit, ce qui le fait vivre, plutôt que son cheminement jusqu’alors, qui n’est que sommairement expliqué au détour d’une scène poignante, mais simplement contextuelle et dialoguée. Albert Nobbs ne parle pas de pitié, de misère, mais bel et bien d’ambition, d’amour, de rêve, et n’oublie jamais d’être drôle et touchant.

Nul doute que ce film plaira. La question est de savoir maintenant qui ira le voir. Alors que les blockbusters inondent les écrans, Albert Nobbs risque fort de passer inaperçu, avec son budget d’à peine huit millions de dollars — une bagatelle. Pourtant, à une époque de l’année où l’on nous vend de l’amour par palettes, comme d’autres distribuent des tracts politiques, Albert Nobbs est une impitoyable et cruelle, mais magnifique et profonde preuve d’Amour d’une actrice pour son métier et son personnage.


A propos de l'auteur

Cédric Le Men
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Issu d’une famille de musiciens, Cédric fonde en 1995 le groupe Zahori, avec lequel il se produit pendant près de 10 ans, avant de se spécialiser dans la réalisation cinématographique à l’ESRA. Il y réalise les courts-métrages "Kaeron" et "Lacrimosa", dont il compose aussi en partie les musiques originales. Plus récemment, Cédric réalise le court métrage "Dieu reconnaîtra les Siens".

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