La mode, depuis maintenant quelques années — aux alentours de l’execrable Superman Returns de Bryan Singer, en 2006, pour être plus précis — est aux origins, reboot, remake et autres revisited. Autant de termes pour dire « on prend les mêmes et on recommence », tout en gardant suffisamment d’originalité pour parvenir à intéresser un public qui, bien souvent, n’en demande pas tant. Car, si le génial Christopher Nolan est parvenu sans mal, avec son Batman Begins et surtout son fabuleux Dark Knight, à faire oublier celui de Tim Burton et les précédents, on ne peut pas dire que remake soit forcément synonyme de réussite instantanée et encore moins de succès.

Josh Trank, malgré son jeune âge — 27 ans à peine — et son manque d’expérience — Chronicle est son premier long métrage —, semble avoir parfaitement compris et assimilé les erreur de ses pairs. Son film raconte l’histoire de trois jeunes — l’introverti Andrew ; son cousin Matt, le philosophe en herbe ; Steve, le riche étudiant promis à une importante carrière politique — qui entrent en contact, lors d’une soirée, avec un artefact lumineux, enterré plusieurs mètres sous terre. Etrangement, l’artefact semble réagir à leur présence et se met à briller d’une couleur différente en émettant un son inquiétant avant de provoquer d’abondants saignements de nez chez les trois jeunes. Mais le plus surprenant dans cette histoire tient dans les conséquences de cette rencontre, puisque nos teenagers vont commencer à développer d’impressionnants pouvoirs psychokinésiques.

« Rien de bien original, jusque là », me direz-vous à raison. Toutefois, le réalisateur instaure peu à peu un malaise, via le personnage d’Andrew, que cette puissance nouvellement acquise rend suffisant, agressif, pédant. Il laisse, peu à peu, libre cours à sa violence, alimentée par une frustration permanente : soumis aux railleries de ses camarades de classe, maltraité par les brutes du lycée parce qu’il constitue une cible facile, il ne rentre chez lui que pour subir l’alcoolisme de son père et se trouver impuissant face à la maladie de sa mère. Une situation qui va malgré tout trouver un équilibre, par le biais de ses deux compagnons de fortune, jusqu’à l’inévitable rupture.

Le film joue donc sur l’ambivalence, sur le déséquilibre d’un personnage que le pouvoir corrompt, thématique largement abordée dans la mythologie des comic books de super-héros américains, X-Men en tête. On retrouve ici le même besoin d’exister, de se différencier, le même besoin d’acceptation, de reconnaissance, au sein comme en dehors de l’environnement familial. Ce qui fait la force de ce Chronicle, malgré un scénario a priori convenu, c’est l’aspect inéluctable de cette chute vertigineuse vers la décadence, le déclin de soi, ainsi que la richesse de l’interprétation. Car Dane DeHaan, déjà remarqué, pour les TVphiles, dans l’excellente série In Treatment, campe un Andrew touchant, fragile, vulnérable mais volontaire, puis incroyablement puissant, immanquablement torturé, désespérément seul malgré ses deux compagnons. Le reste du casting est à l’avenant et les deux comparses, incarnés par Alex Russel et Michael B. Jordan, sont eux aussi parfaitement interprétés. On notera aussi la présence de Michael Kelly, habitué aux seconds rôles, qui incarne le père d’Andrew, un homme que l’échec et la souffrance de sa femme ont rendu diabolique.

Techniquement, le film est très correct, malgré un choix de mise en scène très discutable : excès de jeunisme ou effet de mode, toujours est-il que Josh Trank a pris le parti, absolument injustifié, de faire un film-documentaire, à l’instar des [REC] et autres Diary of the Dead. Si [REC] justifiait sa mise en scène en plaçant son intrigue au coeur d’un reportage TV, il n’en est rien de Chronicle. Ici, Andrew décide, après avoir acheté une caméra au début du film, de tout filmer, de devenir le metteur en scène de sa propre existence, comme un témoignage de son mal-être. Un point de vue justifié au départ, qui permet notamment un plan d’ouverture d’une très grande force et d’une grande violence.

Malheureusement, l’artifice s’essouffle rapidement et peine véritablement à trouver un quelconque intérêt après le premier tiers du film, pour devenir cette fois-ci non seulement inutile, mais parfaitement ridicule dans le dernier quart. Andrew étant finalement démuni de sa caméra, le réalisateur n’a plus d’autre choix pour montrer son film que d’user de subterfuges : caméras de surveillance, caméras embarquées, smartphones ou caméscopes de badauds… Tout y passe, et le réalisateur ne semble pas une seule seconde se poser la question essentielle : « pourquoi ? » Car le film se serait tout aussi bien porté avec une mise en scène classique.

Malgré ces défauts, Chronicle est un très bon film, un condensé de ce qui se fait de meilleur en matière de super héros et d’origines. Le film tient malgré tout en haleine, les effets spéciaux sont convaincants même si on sent un manque de moyens évident. Mais, avant tout, le réalisateur a l’intelligence de traiter de sujets profonds, auxquels on peut tous se référer, à un niveau ou à un autre. Et, chose rare, il ne nous épargne pas une certaine violence, une cruauté indispensable pour que la sauce prenne vraiment, ce qui n’est pas le cas de productions plus importantes, dans le même genre.