Il est toujours bon de constater que le cinéma de genre est toujours composé de passionnés. Julian Gilbey fait assurément partie de cette catégorie. Si ces films précédents n’ont que peu marqué le public ((Difficile d’avoir vu et de se souvenir de ses précédentes productions comme Rollin’ with the Nines ou encore Rise of the Footsoldier.)), c’est pourtant avec une énergie débordante qu’il livre avec A lonely place to die, rebaptisé pour la sortie DVD française Poursuite mortelle, un pur film de genre dans le bon sens du terme (section action et thriller). Tous les ingrédients sont en effet présents ici — rythme, action, scénario qui tient la route — et le thème choisi, l’escalade, a rarement été aussi réaliste. Le seul gros reproche que l’on pourrait lui faire serait d’être assez inégal, en voulant mélanger les genres (une grosse partie du film se déroule dans les Highlands, la seconde en ville).

Un groupe de cinq randonneurs partent escalader les Highlands d’Ecosse lorsqu’ils découvrent une fillette serbe enterrée vivante en pleine forêt. Alors qu’ils tentent de la sauver, ses ravisseurs les prennent en chasse tels des animaux et une course poursuite sans répit commence. Le groupe traqué doit, en plus, éviter les pièges de la montagne, où il n’y a nulle part où se cacher.

Poursuite mortelle se démarque de nombre de ces prédécesseurs dont le thème était l’escalade, comme Cliffhanger, K2 ou Vertical Limit, qui insistaient plus sur le coté spectaculaire de la chose. On peut également citer Vertiges, même si nous nous situons entre deux, entre réalisme et spectaculaire. Dans le film de Julian Gilbey, lui-même grimpeur à ses heures perdues, la volonté de réalisme a été poussée à son maximum. Les acteurs ont des attitudes de grimpeurs, les scènes de grimpe sont crédibles et surtout impressionnantes.

Doté d’un casting d’habitués aux seconds rôles ((On peut citer ici l’excellent Sean Harris (Vu dans The Borgias et en dealer mémorable dans Harry Brown), l’équipe qui traque nos randonneurs : Alec Newman (vu dans Killer Hacker et Black Water), Karel Roden habitué aux rôles de bad guy et l’impressionnant Stephen McCole, un véritable Boogeyman ici.)), hormis bien entendu Melissa George qui est en train de se bâtir une filmographie digne de ce nom en explorant un à un les sous-genres du cinéma ((Les vampires avec 30 jours de nuit,  la science-fiction avec Dark City, l’horreur avec Turistas ou encore le fantastique avec le très sous-estimé et quasiment passé inaperçu Triangle. Notons aussi sa présence au casting de la première saison, fondatrice, de la série In Treatment, aux côtés de Gabriel Byrne.)), Poursuite mortelle joue sur la carte de personnages à la dualité prononcée, ni tout blanc ni tout noir dans leurs actions. Certains grimpeurs manquent d’humanité, les ravisseurs sont des brutes sanguinaires tout en cherchant à expliquer pourquoi. Le troisième groupe d’hommes est autant motivé par l’argent que par le fait de retrouver la fille. Les personnages sont travaillés et les acteurs campent bien leur rôle, avec une mention spéciale à Sean Harris, Karel Roden et Kate Magowan.

Sélectionné officiellement au Festival de STIGES, au Paris International Fantastic Film Festival et à l’Étrange Festival en 2011, Poursuite mortelle débarque donc en DVD dans une édition des plus classiques. Ne contenant que les bandes annonces et le Making-Of, il pourrait s’avérer totalement superfétatoire d’en faire l’acquisition. Et pourtant, ce dernier élément présente un grand intérêt.

En effet, le Making-Of est un vrai making-of et non pas un pur produit dérivé destiné à nous dire que tous les acteurs ont été ravis de bosser ensemble, que l’équipe était géniale et que tout le monde est triste de se quitter. Ici, de la préproduction, c’est-à-dire les repérages par les deux frères initiateurs du projet, jusqu’à la post production, chaque étape du film est décortiquée pour nous présenter ce que l’on voit à l’écran. Très peu d’effets spéciaux ont été utilisés et c’est un réel plaisir pour tout cinéphile de découvrir l’envers du décor.

On voit également une Melissa George pleine d’enthousiasme à l’idée de faire du projet puisque pour elle, « C’est une chance d’être l’héroïne d’un film d’action » ((Extrait du Making-Of. Elle rajoute qu’à son âge, on ne lui propose plus vraiment ce type de rôles et plus ceux d’une mère au foyer.)) Pas d’entrainement spécifique pour elle d’ailleurs puisqu’elle grimpe en rappel depuis des années, elle porte le film sur ses épaules solides. Les autres acteurs ont pu bénéficier d’un entrainement conséquent, sous la houlette d’un véritable pro, qui n’a d’ailleurs pas hésité à intervenir sur le plateau pour donner plus de crédibilité au jeu des acteurs.

Et que dire d’ailleurs de Julian Gilbey, le réalisateur, passionné de montagne, et qui a pris conscience de « la démesure du projet et de l’immense investissement qui serait nécessaire à la réalisation du film ». Le supplément nous permet de découvrir un réalisateur honnête et enthousiaste, qui n’hésite pas à dire pourquoi, par exemple, il préfère utiliser le Canon 5D pour certains plans plutôt que la Red ((Ou Red-One, caméra utilisée dans Prédictions, Le Livre d’Eli, The Social Network ou encore Pirates des Caraïbes 4.)).

Pourtant Poursuite mortelle n’est pas exempt de défauts, loin s’en faut. En effet, le film est découpé en deux parties distinctes, celle qui se situe en montagne et en pleine nature, réellement prenante et celle, plus conventionnelle, qui se situe en ville, pendant le Beltane Fire Festival ((Festival fêtant l’arrivée du printemps avec des danseurs peints en rouge faisant virevolter des flammes pendant une longue parade.)). Assez mal filmée, cette seconde partie fait retomber la tension du film ((Avec un petit parfum de The Wicker Man, ici sans queue ni tête puisque ce n’est pas du tout l’objet du film.)). On a plus l’impression de se retrouver dans un très mauvais téléfilm lors duquel le réalisateur tente de faire du Jason Bourne ((Le héros principal de la trilogie « .. dans la peau ».)) en montage serré sans réellement y parvenir.

Poursuite mortelle mélange les genres. Un peu trop. Trop de choses à dire, trop de films qui ont marqués le réalisateur à décortiquer et remettre à plat sans que la digestion n’ait été bien faite. On sent de l’énergie et de la volonté.  Si le film est inégal, on retiendra quand même la bonne grosse première partie totalement haletante et finalement assez peu conventionnelle dans son traitement. On aurait aimé que la sortie française garde le titre original, plus poétique ((Littéralement : un endroit solitaire pour mourir.)). On aurait aimé aussi un film moins inégal. Mais rien que pour le supplément, le DVD vaut le détour. Et puis, l’Ecosse présente toujours des paysages impressionnants.