Tiré d’un roman de John Le Carré ((Auteur dont les livres sont souvent adaptés au cinéma comme The Constant Gardener, Le Tailleur de Panama ou bien encore L’Espion qui venait du froid. Dans La Taupe, en plus d’être l’un des producteur, il faut également une petite apparition.)), La Taupe est un polar complexe au casting cinq étoiles. Film lent et long, il est réalisé avec brio. La tension est palpable du début à la fin. À voir et à revoir, pour mieux saisir les enjeux de cette grande partie d’échecs, extrêmement réaliste. Passionnant.

En 1973, en pleine guerre froide, suite à une mission en Hongrie, le patron du MI6, les services secrets britanniques, se retrouve sur la touche avec son lieutenant Georges Smiley (Gary Oldman). Ce dernier est engagé à nouveau par son gouvernement pour démasquer une éventuelle taupe soviétique. Épaulé par la jeune recrue Peter Guillam (Benedict Cumberbatch), Smiley tente de débusquer l’agent double. Parallèlement, Ricki Tarr (Tom Hardy), un collègue actif sur le terrain, en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’Irina (Svetlana Khodchenkova), une femme mariée prétendant posséder des informations cruciales.

Peu de temps après, l’ancien chef de Smiley a réduit la liste des suspects à cinq personnes : l’ambitieux Percy Alleline (Toby Jones), le charmeur Bill Haydon (Colin Firth), le loyal Roy Bland (Ciarán Hinds), le zélé Toby Esterhase (David Dencik) et… Smiley lui-même. Dans un climat de suspicion, manipulation et chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux…

Déjà adapté en série en 1979 avec Alec « Oncle Ben Kenobi » Guiness, sous le titre original Tinker, Tailor, Soldier, Spy, on pouvait craindre, avec le passage au cinéma de La Taupe dans un format beaucoup plus court et donc beaucoup moins dense, un film un peu fourre-tout et raté, mais il n’en est rien.

Certes, le long-métrage du réalisateur de Morse est compliqué, difficile de ne pas s’y perdre dans tous ces personnages — une bonne douzaine d’agents et/ou fonctionnaires du gouvernement —, dans ces différentes intrigues et retournements de situation, mais c’est un réel plaisir d’y être convié. L’époque est parfaitement reconstituée, aussi bien au niveau des décors que des costumes, mais surtout, et heureusement, au niveau politique. Climat tendu, tous les acteurs se démarquent par cette paranoïa constante, chacun gardant son sang-froid comme il le peut, jusqu’à cette scène finale formidablement mise en scène dont chaque seconde nous colle à l’écran.

C’est aussi l’occasion de voir l’envers du décor des services secrets britanniques lors de la Guerre Froide. Missions, bureaux, infiltrations, agents… : comment fonctionnaient-ils ? Et, également, une invitation à lire le support original, le polar de John Le Carré, maître dans ce domaine, qui utilisa le personnage de George Smiley dans plusieurs de ses romans ((Et pour la petite histoire, John Le Carré fut agent secret dans les années cinquante, ce qui donne évidemment du crédit au film.)). La Taupe est donc un très bon film, riche à tout point de vue, qu’il faudra voir plusieurs fois afin d’en saisir toutes les ficelles et de les apprécier d’autant plus. D’un style connu mais rarement aussi bien soigné, il vaut le détour. Une suite, Smiley’s People, serait d’ailleurs en chantier…