Frédéric Beigbeder signe avec L’amour dure trois ans, son premier film ((et son meilleur film, d’après l’affiche.)), une comédie romantique très attendue, en auto-adaptant son troisième roman datant de 1997. On assiste à une mise en abîme sachant que le roman est lui-même inspiré de sa propre vie et du divorce qu’il a traversé à l’époque. Mais 15 ans séparant le livre de l’adaptation, Beigbeder s’est donné beaucoup de libertés pour le remettre au goût du jour…

Gaspard Proust et Louise Bourgoin dans l'amour dure trois ans
Marc Marronnier (Gaspard Proust), 30 ans, est critique littéraire, parisien fêtard et friqué. Il traverse son tout premier divorce en se séparant d’Anne, une jeune femme très belle qui le quitte pour l’écrivain Marc Levy. Rongé par le cynisme et la déception, il écrit un roman ayant pour titre L’Amour dure trois ans sous un pseudonyme afin de garder l’anonymat. Peu avant son divorce, il rencontre Alice (Louise Bourgoin), qui va bouleverser ses préjugés et ses certitudes.

Qui n’a pas lu le livre peut difficilement se laisser aller à des comparaisons qui seraient par conséquent hasardeuses… En se basant uniquement sur le visionnage du film il en ressort de très bonnes choses, mais pas que. Au final la façon dont est traité le film nous offre une sorte de très long épisode de Sex & The City version homme où New-York est remplacé par Paris (la série étant bien meilleure que les deux longs-métrages qui ont suivi), car avec ses problèmes de bourgeois même pas bohème pété de fric, il est assez difficile pour les péquins lambda que nous sommes de s’identifier à un personnage comme Marc.

La force du film réside dans le bon dosage comédie/romantisme : contrairement à beaucoup de comédies romantiques américaines, Beigbeder ne tombe quasiment jamais dans la niaiserie Heiglienne ((néologisme tiré des prestations de l’actrice Catherine Heigl, habituée à tourner dans des comédies romantiques poussives et sans intérêt comme L’abominable véritéKiss & Kill ou encore Bébé Mode D’emploi.)), grâce à une prestation de Proust pleine d’humour et de nuance. Dire que la performance de Louise Bourgoin est exceptionnelle serait mentir, mais c’est bien la première fois qu’elle n’agace pas, correspondant tout à fait au rôle d’Alice. Là où Beigbeder se démarque, c’est avec la pléiade de seconds rôles tous plus délicieux les uns que les autres, avec une mention spéciale à Valérie Lemercier en éditrice égoïste, magistrale et drôle, et Bernard Menez dont le retour sur grand écran fait hyper plaisir. Quant à Joey Starr, Jonathan Lambert, Frédéric Bel et Nicolas Bedos, il font leur job, même si certains rôles ne sont malheureusement pas assez développés.

Par exemple, on en sait finalement très peu sur les rapports entre Alice et Antoine (Nicolas Bedos)… Pourquoi une fille si libre et si fun serait mariée depuis trois ans avec un connard pareil ((du moins tel qu’il est dépeint dans le film.)) ? Comment peut-elle en arriver à le tromper avec son cousin alors qu’elle se la joue tour imprenable dès le départ avec Marc, et qu’elle tombe d’une façon surprenante très facilement dans ses bras dès la première relance ? En voulant nous divertir en multipliant les personnages secondaires, cette relation passe à la trappe alors que c’est la pierre angulaire de la séparation de Marc et Anne, et c’est bien dommage car cela laisse quelques zones d’ombre quant à la compréhension des décisions prises par Alice.

 

Au final, cette comédie romantique se laissant aussi facilement regarder que L’Arnacoeur, Beigbeder réussit donc le pari osé d’adapter son propre livre ((Ce qu’il n’avait pas fait pour 99 francs.)) (exercice en vogue apparemment, puisque La Délicatesse a également été adapté par son auteur David Foenkinos), mais la question « L’amour dure-t-il trois ans » ? reste en suspens, la chronologie de la relation Marc/Alice ne durant pas même un an dans le film.