En septembre 1966, CBS diffusait une toute nouvelle série, créée par Bruce Geller : Mission : Impossible. La série narrait les aventures incroyables d’une équipe d’agents spéciaux, des opérations illégales, bien que sanctionnées par le gouvernement ((Nous parlerions aujourd’hui de Black Ops ou Black Operations, des opérations militaires clandestines : espionnage militaire, civil ou industriel, assassinat, sabotage, soutien de mouvements de résistance, torture etc.)), dont le déroulement et l’issu étaient plus qu’improbables. C’était sans compter sur les compétences de chacun des membres de l’équipe qui, unis, déjouaient les plans les plus machiavéliques.

Dans ce quatrième film inspiré de la série et après avoir été emprisonné pour d’obscurs motifs dans une prison moscovite et libéré par ses acolytes, Ethan Hunt se voit confier la mission périlleuse d’infiltrer le Kremlin, de pénétrer dans ses archives afin d’y récupérer des informations à propos d’un certain « Cobalt ». Mais l’opération est un piège qui se referme inexorablement sur nos espions de choc en provoquant la disgrâce et le démantèlement de l’IMF ((Pour Impossible Mission Force.)). Désormais coupés de tout, Hunt et son équipe n’ont d’autre solution que de retrouver Cobalt et déjouer ses plans afin de laver leur nom et celui de leur agence.

Christopher McQuarrie, enrôlé par Cruise malgré l’échec commercial du pourtant très bon Walkyrie, livre avec l’aide de ses comparses et de la star un scénario très correct, qui se permet de revenir sur ce qui différenciait les films de la série. Exit le solitaire Ethan Hunt, seul contre tous : Mission : Impossible – Ghost Protocol réintroduit la notion d’équipe, même si celle-ci reste isolée car désavouée après le fiasco du Kremlin et le piège tendu par Kurt Hendricks. Un petit vent de renouveau qui montre l’intention de Brad Bird de revenir à ce qui faisait l’essence — et l’intérêt — de la série. Bien sûr, Tom Cruise reste la pierre angulaire de ce film d’action et s’approprie l’essentiel des scènes les plus spectaculaires du film. Ceci dit, l’intrigue reste malgré tout très correctement répartie entre les différents personnages et, contrairement aux précédents épisodes, l’action est souvent multiple et utilise les compétences de chacun des membres du groupe : tandis que Hunt détourne l’attention lors d’une réception, sa collègue Jane Carter séduit l’hôte pour lui soutirer un code d’accès et Benjamin Dunn va diriger William Brandt jusqu’aux serveurs qu’il doit pirater, après un vol plané qui renvoie inévitablement au premier film de la saga.

La grande nouveauté tient aussi dans le choix du réalisateur. Bien qu’aguerri, Brad Bird réalise son premier film « live », lui qui est pourtant un vétéran de l’animation — le génial Géant de Fer, c’était lui —, notamment chez Pixar — avec Les Indestructibles et Ratatouille. Il passe avec aisance de l’autre côté de la pellicule avec un film admirablement mis en scène : les scènes d’action sont ultra-lisibles, les combats très correctement chorégraphiés et mis en images. Bird ne surdécoupe jamais véritablement, sans oublier de dynamiser sa narration. Un travail sur l’image auquel le directeur de la photographie Robert Elswit n’est pas étranger, lui qui compte à son palmarès des films aussi remarquables que Magnolia, Syriana, There Will Be Blood ou Good Night and Good Luck.

La direction d’acteurs est à l’avenant, les seconds rôles — Michael Nyqvist, le Mikael Blomqvist des films et de la série Millenium, en tête — sont tous impeccables : on retiendra la prestation d’Anil Kapoor, amusant en milliardaire play-boy sur le retour. À la musique, on retrouve de façon prévisible Michael Giacchino, déjà responsable des excellents scores des Indestructibles et de Ratatouille, ainsi que de Mission: Impossible 3 ((Réalisé par J.J. Abrams, dont il a composé toutes les bandes originales depuis la série Alias et qui officie en qualité de producteur sur Mission : Impossible – Protocole Fantôme)). Il vient une nouvelle fois faire toute la preuve de sa maîtrise en jouant avec le thème culte de Lalo Schiffrin : on retiendra la scène de la réception en Inde, lors de laquelle il s’amuse à reprendre le thème au sitar.

Sans révolutionner le genre, ce dernier opus demeure un bon spectacle, si tant est que le spectateur accepte le postulat selon lequel un type, aussi entraîné fut-il, peut sauter du haut d’un immeuble de plus de huit-cents mètres de haut à Dubaï, suspendu à un filin et atterrir comme une fleur quinze étages plus bas sans une côte cassée… L’intention est donc claire : on ne s’embarrasse pas de réalisme. Et, parfois, ça n’est pas plus mal.