S’il est bien un artiste qui ne manque jamais de se renouveller, c’est bien Peter Gabriel. Fondateur de Genesis avec Tony Banks, duo rapidement rejoint par Mike Rutherford, puis plus tard par Phil Collins et Steve Hackett, il se produira avec le groupe de 1967 à 1975, après la sortie du brillant The Lamb Lies Down on Broadway. Quittant le groupe après cette sortie, il continuera dès lors sa carrière en solo et accouchera d’un premier album en 1977. Près de 35 ans plus tard, le chanteur sexagénaire à la voix d’or sort New Blood, album-événement contenant, dans sa version « deluxe », un album double, un DVD, un Blu-ray et un livre de photographies.

L’année dernière, Peter Gabriel surprenait son petit monde en sortant Scratch My Back, un album de reprises — d’artistes aussi divers que variés que Radiohead, Paul Simon, Arcade Fire, Elbow ou encore Bon Iver et David Bowie — entièrement symphonique. Exit David Rhodes à la guitare, Tony Levin à la basse, et place au London Scratch Orchestra et au chœur de la Cathédrale Christ Church d’Oxford. Grâce à la maestria de John Metcalfe, arrangeur sur cet album, mais avant tout compositeur et violoniste, cet album risqué — inutile de dire que Peter Gabriel s’est pleinement approprié les titres qu’il reprend — est profondément réussi, tant et si bien que l’on doit se rappeler en permanence qu’il s’agit de reprises et non de compositions originales.

Véritable projet plutôt qu’album ponctuel comme tant de groupes en font — on pense notamment au S&M de Metallica avec l’Orchestre symphonique de San Francisco conduit par feu le compositeur Michael Kamen —, Peter Gabriel persiste et signe avec la sortie cette année de New Blood en audio et vidéo : un album de ses titres les plus connus et appréciés, réarrangés là encore avec John Metcalfe pour orchestre, ainsi qu’un DVD et Blu-ray du concert au mythique Hammersmith Apollo de Londres qui s’est tenu les 23 et 24 mars 2011.

L’album est pour le moins surprenant à la première écoute. Une fois encore, on en oublierait presque que l’on écoute des standards de Peter Gabriel remaniés, tant les arrangements bouleversent jusqu’aux fondements ces titres mythiques. The Rhythm of the Heat, Red Rain, San Jacinto ou encore l’hymne Solsbury Hill prennent une force incroyable, que la voix de Peter Gabriel vient compléter et renforcer d’admirable façon. L’enregistrement est évidemment de très bonne qualité, tous les instruments sont d’une brillance exemplaire et le mixage est parfait en utilisant tout l’espace disponible. Les voix sont assez brutes dans l’ensemble et ne sont pas surchargées de reverbs ou d’effets, on sent une volonté de sensation « live », d’authenticité.

Nous avons eu la chance de mettre la main sur le très beau coffret « Deluxe », regroupant l’ensemble des disques (double CD, DVD et Blu-ray). Une fois encore, Peter Gabriel ne se moque pas du monde et propose un très beau livre de 60 pages, contenant de magnifiques photographies, organisées en plusieurs parties précédées de courtes préfaces de l’artiste lui-même : l’enregistrement et le mixage de l’album dans les Air Studios de Londres en juin et juillet 2010, puis les répétitions et le concert à l’Hammersmith Apollo, en mars 2011. Au total, ce sont près de 200 photos qui sont ainsi exposées.

Le blu-ray est tout simplement remarquable. L’image est belle, parfaitement bien définie et restitue à la perfection l’ambiance du concert ((J’avais pu assister au concert s’étant tenu le 22 mars 2010 après la sortie de Scratch My Back et lors duquel Peter Gabriel, après avoir joué l’intégralité de l’album, avait proposé une sélection de ses meilleurs titres déjà « revus et corrigés ». NdR)). On retrouve tout le charme et la force d’un de ses concerts, décuplé par la masse de musiciens et le charisme et la vigueur de Ben Foster, le chef d’orchestre habité. Composé de rien de moins que vingt-trois titres pour une durée avoisinant deux heures et vingt minutes, le concert est un régal pour les yeux comme pour les oreilles.

Les bonus ne sont malheureusement composés que d’un court documentaire de dix-huit minutes intitulé « Blood Donors » retraçant les origines du projet et l’organisation du concert à l’Hammersmith Apollo. Des sous-titres français — et autres langues — sont également disponibles pour les non-anglophones. On regrettera aussi que le DVD ne propose pas un contenu différent de celui du blu-ray, même si c’est maintenant chose courante chez de nombreux éditeurs.

Peter Gabriel fait là encore un sans-faute avec cette très belle — et bien nommée « Deluxe » — édition, qui ravira les adeptes de Peter Gabriel, comme les amateurs de musique classique. Le chanteur réussit en effet le tour de force d’opérer une véritable réunion des deux genres et pas seulement un mélange de violons jouant par dessus un groupe rock classique. Rares sont ceux qui s’y sont essayés, encore plus rares sont ceux qui y sont parvenus. Chapeau l’Artiste !