Elbow au Bataclan le 15.11.2011

Le 18 novembre 2011 par Cédric Le Men dans
 
 
 
 
 
 
 
 
Crédit photographique: ©D.R.
 
par Cédric Le Men
La critique

Nous vous en avions parlé il y a de cela quelques mois lors de la sortie de leur dernier album, Build A Rocket Boys !, de bien élogieuse façon. Aujourd’hui, et après un passage remarqué au Main Square Festival à Arras en juillet dernier, en compagnie de rien de moins que PJ Harvey, Portishead et Coldplay, Elbow revient comme il se doit en France après deux longues années d’absence en salles, pour un concert au Bataclan.

Il y a des premières parties que l’on n’oublie pas. Death In Vegas en première partie des Chemical Brothers en 1998, par exemple. Joseph Arthur ouvrant pour Ben Harper en 2000. Ou les Blind Boys of Alabama qui illuminaient le Zenith pour Peter Gabriel en 2004. Il n’en est rien de Howling Bells. Le groupe australien basé à Londres, sans être foncièrement mauvais, a bien du mal à faire oublier ses influences et réchauffe tout juste le public. Le batteur joue mou et Juanita Stein, malgré son joli minois et une voix plutôt agréable, ne parvient jamais à faire oublier qu’elle aimerait bien chanter comme PJ Harvey.

Heureusement, c’est Elbow que l’on est venu voir et les huit musiciens — cinq musiciens permanents et trois violonistes — ne manquent pas de rappeler qui est le boss et, dès les premières notes de The Birds, titre issu de leur dernier album, la voix si particulière de Guy Garvey ne tarde pas à réchauffer le cœur des heureux présents. Malgré ses huit minutes bien tapées, le morceau passe à une vitesse folle : Elbow s’impose d’emblée comme un monstre scénique et on sait déjà, côté public, que l’on va vivre un très beau concert. Une tendance que ne contredira pas le tonique The Bones of You, deuxième titre de ce concert qui monte en puissance jusqu’au quasi-légendaire Grounds For Divorce, véritable hymne que l’ensemble du public reprend en chœur avec ferveur. C’est pour mieux enchaîner sur le sublime et poignant The Loneliness of a Tower Crane Driver, que tout le groupe interprète comme si sa vie en dépendait, avec ses tripes, avec force. Une telle démonstration de force de la part du groupe que l’on croirait assister à un premier concert.

Ce qui se dégage aussi, c’est une grande humilité de la part des membres du groupe. Au détour de Weather to Fly, Guy Garvey va serrer la main à ceux du public qui se pressent sur le devant de la fosse, tout en continuant de chanter. D’ailleurs, impossible de ne pas parler de lui sans parler de sa voix, d’une telle justesse et maniée avec une aisance telle que l’on jurerait qu’il chante en play-back… Impressionnant de maîtrise, il rappelle à ce titre Peter Gabriel, une influence évidente du groupe1. Généreux de bout en bout, Garvey parle avec le public, décrit la recette du cocktail qu’il avale sur scène, discute avec un fan mexicain, dédie une chanson aux compagnes du guitariste et du clavier, présentes dans la salle… et le public de répondre en frappant des mains, en invectivant Guy Garvey et en ponctuant chaque fin de morceau par une véritable ovation. Le concert se déroule de bien jolie manière et, techniquement, c’est parfait, les instruments sont clairs, distincts, la voix et les chœurs sont très bien mixés… Rien à redire, on aimerait que le Bataclan propose davantage d’artistes aussi consciencieux.

Seul tout petit regret de ce concert : Elbow s’est peu aventuré hors de ses deux derniers albums, The Seldom Seen Kid et Build a Rocket Boys !. Seul titre à déroger à cette règle, le génial Station Approach, issu de Leaders of the Free World, pendant le rappel. Pourtant, Asleep in the Back et Cast Of Thousands recèlent de purs diamants musicaux et le public aurait très certainement adoré entendre Newborn, Fugitive Motel, Forget Myself, The Everthere ou le sublime Switching Off… quitte à rallonger un poil la durée du concert, déjà très honorable avec près de deux heures.

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ElbowStation Approach live @ Manchester Cathedral

Car c’est bien avec cette impression que l’on ressort du concert : c’est trop court, ça passe trop vite, on en veut plus, on voudrait qu’Elbow reste là pour la nuit, qu’il joue rien que pour nous jusqu’au petit matin. Là, ou chez soi, l’un sur le canapé, l’autre dans la cuisine… la musique d’Elbow nous accompagne jusqu’à la maison, jusqu’au coucher, les accords résonnent et nous bercent. Et de s’endormir avec la curieuse impression que l’on vient de vivre un moment exceptionnel.

Elbow en concert au Bataclan, 50 boulevard Voltaire, Paris | le 15 novembre 2011 à 20h | Setlist : The Birds / The Bones of You / Mirrorball / Neat Little Rows / Grounds for Divorce / The Loneliness of a Tower Crane Driver / The Night Will Always Win / Some Riot / Dear Friends / Lippy Kids / Weather To Fly / Open Arms / Rappel : Starlings / Station Approach / One Day Like This |

 

  1. Peter Gabriel a d’ailleurs repris Mirrorball sur son album symphonique Scratch My Back. Elbow a quant à lui repris de bien belle façon Mercy Street, à paraître sur …And I’ll Scratch Yours, album « réponse » à Scratch My Back. []

A propos de l'auteur

Cédric Le Men
Profile photo of Cédric Le Men

Issu d’une famille de musiciens, Cédric fonde en 1995 le groupe Zahori, avec lequel il se produit pendant près de 10 ans, avant de se spécialiser dans la réalisation cinématographique à l’ESRA. Il y réalise les courts-métrages "Kaeron" et "Lacrimosa", dont il compose aussi en partie les musiques originales. Plus récemment, Cédric réalise le court métrage "Dieu reconnaîtra les Siens".

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