L’Enculé de Marc-Édouard Nabe

Le 5 novembre 2011 par Frédéric dans Actualités

Genre: ,
 
Auteur:
 
Éditions:
 
 
Pays:
 
Date De Publication:
 
Nombre de pages: 250 pages
 
ISBN: ISBN 978-2-9534879-1-6
 
par Frédéric
La critique

Marc-Édouard Nabe a écrit L’Enculé « vers juin, juillet »1 de cette année, soit quelques semaines après le début de l’affaire Dominique Strauss-Kahn (dit DSK), dont le point de départ eut lieu le 14 mai 2011, dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York, alors qu’une certaine Nafissatou Diallo venait d’y entrer pour faire le ménage…

« Brusquement, j’ai ouvert la porte. Je bandais comme un gorille et ruisselais de partout. King Kong sortant des eaux. Elle était là ; elle était noire ! Une négresse pour moi tout seul. »

Dans ce premier roman sur l’Affaire2 (puisque c’est bien ainsi que Marc-Édouard Nabe présente son livre sur son site internet, un espace de liberté qui lui sert de plateforme de vente, où se côtoient ses précédents ouvrages édités par les éditions du Rocher — dont il a récupéré les droits car à la suite de la vente desdites éditions par Jean-Paul Bertrand, Nabe se retrouve sans ressources ni éditeur —, le Dilettante — le dernier éditeur conventionnel auquel il accorda un ultime ouvrage, son 27ème — et, bien entendu, ses deux premiers ouvrages anti-édités, L’Homme qui arrêta d’écrire, vendu à 6500 exemplaires,3et L’Enculé), l’auteur dépeint, de l’intérieur, c’est-à-dire du point de vue de Dominique Strauss-Kahn himself, l’évènement le plus médiatisé depuis 20004 .

Et forcément, le roman est explosif. Mais Nabe ne s’improvise pas journaliste d’investigation même si son travail est extrêmement documenté (il suffit de connaître certains détails minimes de l’affaire, comme sa rencontre avec une touriste française à son départ de l’hôtel ou encore le fait que dans l’avion du retour avorté, il aurait fait des réflexions à caractère sexuel à l’encontre d’une hôtesse ; sans être catégorique, je suis presque certain que Nabe évoque l’intégralité des informations disponible sur le sujet) et encore moins moralisateur (ce serait mal le connaître). Son roman est une farce et son DSK est une caricature ; mais tout en singeant l’affaire — Anne Sinclair, par exemple, est désopilante, en bourgeoise sioniste pure et dure, obsédée par le « devoir de mémoire », se relaxant devant des documentaires sur la Shoah, imposant de la musique klezmer5 à son « Prophète » (qui lui répond par des marches Nazi !), lui imposant une cravate bleue avec sa chemise blanche car cela lui rappelle Israël ou encore quand elle confond TriBeCa (contraction de Triangle Below Canal Street, ce quartier huppé de New York où se trouve sa luxueuse résidence surveillée) avec Treblinka (fameux camp de concentration Nazi) — l’auteur immerge son lecteur avec une telle virtuosité que si ce dernier adhère sincèrement au récit, s’il ne décroche pas aux descriptions sexuelles plus que cliniques et à ses délires hilarants (le détective privé Springelton et ses mésaventures en Guinée ; le final…), il ne peut qu’avoir la sensation de revivre cette tv drama presque comme s’il lisait un rapport de police. A ceci près qu’ici, le rire succède à la consternation.

L’Enculé n’est donc pas une charge contre DSK, car, malgré sa virulence, c’est surtout son entourage – et tout particulièrement son épouse, qui, détournant négativement le symbole des trois singes (encore eux!) Misaru, Mikasaru et Mazsaru, ne voit rien (mais ignore t-elle vraiment les agissements douteux de son mari ou les subit-elle pour conserver son amour ?), n’entend rien (ou feint d’entendre les cris d’une cinquantaine de femmes de chambre new-yorkaise présentes à leur arrivée au tribunal) et ne parle de rien (pas un mot sur l’Affaire) – qui est visé. L’un des membres de son équipe n’hésite pas à menacer Tristane Banon pendant que ses amis socialistes le lâchent les uns après les autres.

Sorte de gonzo novel, L’Enculé est  un mélange entre des faits avérés (oui, le grand-père d’Anne Sinclair était un pur vautour, comme le confirme, d’ailleurs, Jean Cocteau évoquant, dans son Journal, son attitude à la mort d’Auguste Renoir.6 ; oui, les liens de DSK avec le milieu du sexe sont plus qu’étroits, si je puis dire, et son fantasme du « troussage » de femme de chambre – rémunérée – avait déjà été évoqué par Mixbeat en 2008 tout comme ses parties fines organisées par une actrice porno) et imaginaires (le point de vue subjectif du Perv’, graveleux au possible, dont les fantasmes sexuels ne nous sont jamais refusés) qui ne dénaturent en aucun cas le sujet abordé, tout en y apportant une véritable richesse narrative, une formidable fraîcheur subjective et une précision objective inédite. Vers la fin d’un roman forcément chronologique, Marc-Édouard Nabe évoque le cas Tristane Banon et ses innombrables liaisons (dont Jean-François Dérec, c’est dire…) de jeune femme arriviste, ainsi que l’interview de l’une de ses maîtresses officielle, Marie-Victorine, qui dévoile un peu de leur intimité en pensant le défendre… Autant dire que L’Enculé n’élude rien, dit tout et prend des risques (la diffamation) à chaque page, non pas dans l’énoncé des faits (tout est vérifiable ou du moins, tout est déjà sorti dans la presse ou ailleurs… et cette « compilation » impressionne) mais dans les portraits extrêmement précis, virulents et grotesques que Nabe fait des protagonistes.

Plus proche dans son écriture d’un Vingt-septième livre (excellente préface à la réédition de son premier roman, Au Régal des Vermines, ouvrage qui fit qu’encore aujourd’hui, des manipulateurs de masses patentés comme Gérard Miller7 — entre autre, car la liste tiendrait ici trop de place —, l’accusent d’anti-sémitisme, là ou pointe seulement, et la nuance est de taille, de l’anti-sionisme) que de l’Âge du Christ (un texte sublime sur la foi), tout simplement parce que DSK ne peut (et ne sait, en pur homo politicus modernus) s’exprimer comme Léon Bloy ou Céline, et que Nabe dépeint comme un gorille (ou plutôt un nasique dont le sexe aurait remplacé le nez) à la manière de Banon dans son livre8, qui, elle, au passage, change les noms des protagonistes de l’Affaire.

Vous l’aurez compris, L’Enculé est LE roman de cette fin d’année, un ouvrage sans concessions (le DSK de Nabe n’est pas la pire ordure du monde, n’en déplaise à ceux qui s’attendaient à un règlement de compte) ni tabou (l’écrivain appelle un chat : un chat et extermine, de fait, toute pensée politiquement correcte — certains lecteurs vont donc souffrir), un véritable travail d’écrivain, une expérience rare, un essai passionnant, vibrant et étourdissant. Culte.

••••••

En vente sur le site de l’auteur : www.marcedouardnabe.com

  1. Des Clics et des claques – Europe 1 – 20 octobre 2011.. []
  2. www.marcedouardnabe.com []
  3. La fortune de Nabe par Patrick Besson – le Point du 27 octobre 2011 []
  4. www.minutebuzz.com/2011/05/26/laffaire-dsk-est-la-plus-mediatisee-depuis-2000/ []
  5. Musique traditionnelle des Juifs ashkénazes. []
  6. Le Passé défini, Gallimard, 1954, tome III. []
  7. «On a tout essayé » (France 2, 17 octobre 2006). []
  8. Le Bal des hypocrites, Au Diable Vauvert. []

A propos de l'auteur

Frédéric
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4 commentaires sur cet article



  1. avatar
     

    « une formidable fraîcheur subjective et une précision objective inédite. »

    Alors … en fait, l’article me fait furieusement penser à Hunter S. Thompson racontant le Watergate. Ca doit se trouver dans Dernier Tango A Vegas. (j’ai lu ça y a longtemps et dans une autre édition : et les titres ont changé)

    sauf qu’il était un journaliste (qui ne pouvait pas se protéger derrière le mot ROMAN écrit aussi gros que le titre ou le nom de l’auteur) et qu’il se mettait lui même en scène dans (le début du Watergate est couvert depuis une chambre de décompression à Miami suite à un accident de plongée …) afin de véritablement offrir aux lecteurs toutes les clés, c’est à dire les déformations qui ont forcément lieues entre ce qu’il se passe, ce qui en est détecté, l’état d’esprit dans lequel on le relate, etc …

    Enfin bref … c’est aussi parce que ça semble déjà avoir été fait (et bien fait) que j’ai assez envie de lire ce Nabe (et d’enfin lire du Nabe, accessoirement)


  2. avatar
     

    En évoquant une « véritable richesse narrative, une formidable fraîcheur subjective et une précision objective inédite », c’est par rapport à l’affaire DSK en elle-même et non à la littérature en général. Par ailleurs, l’expression « gonzo novel » fait justement référence au travail de Thompson.
    Quant au mot « ROMAN », le bouquin de Nabe est parfois si cru et raconte aussi des faits si strictement romanesques qu’il ne ferait que mentir s’il employait un autre terme.


  3. avatar
     

    Les critiques boudent le dernier livre de Marc-Edouard Nabe à propos de l’affaire DSK, l’Enculé…
    Soit.
    Critiques qui, et cela n’aura échappé à personne, ne découvrent le plus souvent, et parfois même exclusivement, la littérature qu’à travers le service de presse des éditeurs…

    En effet, on n’a jamais vu un critique acheter un livre ; et les livres de Nabe étant auto-édités, pas moyen de se les procurer à l’œil : faut raquer. Et un critique… ça raque pas !

    Dommage d’ailleurs, car, comme pour le cinéma, s’ils devaient débourser quelques euros pour faire leur métier, cela changerait du tout au tout la donne : pour commencer, ces critiquent liraient beaucoup moins de livres… moins et mieux ; et nul doute qu’ils seraient plus exigeants et donc, moins indulgents avec des livres pour lesquels il leur aura fallu débourser quelque argent !

    Aussi… soit dit en passant, et pour cette raison qui en vaut bien d’autres… un conseil : évitez de prendre pour argent comptant l’avis de ceux qui n’en dépensent jamais ! Et gardez-vous bien de côtoyer ces professionnels de la lecture – professionnel non pas dans le sens de « compétent » mais… dans le sens de… « qui tire un revenu de son activité » !

    ***

    A la fois récipiendaires et garçons de course des services de presse, marathoniens de la lecture, compte-rendu après compte-rendu qu’ils appellent abusivement critiques… pour ne rien dire de ceux qui ne commentent que les livres qu’ils ont aimés parmi ceux qui leur sont adressés par des éditeurs qui jettent leurs livres par les fenêtres comme d’autres leur argent…

    Curieux tout de même ce métier de critique, quand on y pense ! Car, tout comme les libraires dont on ne sait déjà plus quoi faire, difficile d’ignorer, quand on prend la peine et le temps d’y réfléchir un peu… le fait que tous ces tâcherons passeront finalement leur vie de lecteurs-critiques-professionnels à ne découvrir une littérature que seuls les éditeurs auront bien voulu leur faire connaître… et pas n’importe quels éditeurs : une trentaine tout au plus, tous confinés, à quelques exceptions près, dans notre belle capitale et deux arrondissements en particulier.
    Un autre conseil alors : côté lecture, détournez-vous de ceux qui jamais ne choisissent les ouvrages qu’ils lisent ou vendent – critiques et libraires confondus.
    Une dernière chose : une idée… comme ça ! Et si demain on décidait d’interdire cette activité de critique, de toute façon ingrate et superflue, aux auteurs ? Oui ! Aux auteurs qui, le plus souvent, font de la critique comme d’autres font la plonge chez Mc Donald pour payer leurs études, tout en gardant à l’esprit ce qui suit : passer son temps à lire les livres des autres, quand on sait le temps que ça prend d’écrire les siens…

    Alors oui ! A tous ces auteurs, si on leur interdisait de faire de la critique… la littérature s’en porterait beaucoup mieux, et puis aussi, cela permettrait, en partie, de mettre fin aux conflits d’intérêts que cette double identité-activité d’auteur-critique engendre inévitablement : complaisance à l’égard des auteurs appartenant à la même maison d’édition que notre critique ; et plus sournois encore : critiques dithyrambiques comme autant d’appels du pied vers la maison d’édition que ce même critique meurt d’envie de rejoindre…

    Alors, combien de membres cette corporation perdrait-elle si cette interdiction devait être appliquée ?

    D’aucuns pensent qu’il ne resterait que le tronc pour une activité sans queue ni tête.


  4. avatar
     

    J’ai bien envie de répondre :

    - Nous n’habitons pas Paris (à deux exceptions)
    - Nous payons pour voir, lire et entendre les oeuvres qu’on critique (sauf quelques projo presse auxquelles on daigne bien nous inviter).
    - Nous (et surtout moi) passons beaucoup de temps sur des textes liés à ces mêmes oeuvres.
    - Sur CDDJ, nous conseillons ce que nous avons aimé comme spectateur, lecteur, ect parce que nous sommes avant tout des passionnés.
    - Nous se sommes pas payés pour ce que nous faisons.

    On va donc dire que de ce point de vue là, donner un coup de projo au dernier livre de Nabe est une bonne chose (et encore plus en faisant un article qui dépasse les quelques lignes dans un journal de grande audience).



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