Sortie en France le 27 Juillet 2011

Quand un réalisateur norvégien se lance dans un croisement entre le mockumentary ((Mockumentary: Film de fiction présenté comme un documentaire, souvent à des fins comiques ou dramatiques, auquel cas il est souvent présenté comme un film réel, retrouvé après la disparition de ses auteurs. C’est le cas de The Troll Hunter.)), la satire politico-sociale et la mythologie scandinave, ça donne The Troll Hunter, un film atypique par bien des aspects…

Le genre du faux documentaire d’horreur n’est pas précisément le plus récent de l’histoire du cinéma, ni de la fiction : on peut même le faire remonter à l’adaptation radiophonique de la Guerre des Mondes de HG Wells par Orson Welles en 1938. Mais il a connu son heure de gloire en 1999 avec le Projet Blair Witch, qui avec ses 250 millions de dollars de recettes pour 500’000 dollars investis est probablement le film avec le meilleur retour sur investissement de tous les temps. Plus récemment, des films du même genre comme [REC], Paranormal Activity ou Cloverfield se sont révélés des succès commerciaux et, à des degrés variables, critiques. The Troll Hunter marche donc sur les pas de prédécesseurs couronnés de succès. Réussira-t-il aussi bien? C’est la question qu’on se pose…

Oui, un troll, ça peut être grand.

Le pitch de départ devrait vous rappeler quelque chose: trois étudiants en journalisme, en plein reportage sur un présumé braconnier se retrouvent face à bien plus dangereux que quelques ours en vadrouille. Le titre le fait clairement comprendre: ce braconnier ne chasse pas les plantigrades, comme les journalistes en herbe le supposaient, mais les trolls. Employé par le gouvernement pour réguler la population de ces sympathiques et meurtrières créatures et garder leur existence secrète, Hans n’en peut plus: son boulot, est (littéralement) merdique, dangereux, crevant, et surtout, le pire dans l’état-providence norvégien, il n’a pas de convention collective. Au terme d’une rencontre détonante avec un troll égaré, il propose aux trois jeunes de le suivre et de rendre publique son activité, espérant ainsi gagner un peu de reconnaissance. Ensemble, ils se dirigent vers le nord, pour comprendre pourquoi les trolls norvégiens sortent en masse de leurs réserves…

La première raison d’aller voir The Troll Hunter, c’est eux : les trolls. Le film prend le parti de les montrer directement, mais exploite leur arrivée intelligemment et le suspense monte avant que les bêtes n’arrivent, bien que l’effet soit moins présent après le premier face à face. Heureusement, les trolls sont variés, et les effets plutôt réussis, ce qui évite une certaine lassitude. La mythologie scandinave est également présente et bien exploitée : comme dans les légendes, les trolls se pétrifient à la lumière du jour (L’arme principale du chasseur est donc, logiquement, un canon à UVB.), se nourrissent de tout,  (De pneus aux chèvres utilisées comme appâts, en passant par les cailloux), et surtout, peuvent sentir l’odeur des chrétiens, qu’ils détestent.  Mieux vaut donc être athée…Ou musulman.

 


Troll Hunter – Bande annonce – 2011

 

Outre les trolls et leurs effets spéciaux (Qui volent quand même haut pour une telle production.), l’autre qualité esthétique du film réside dans les sublimes paysages norvégiens, surtout ceux des scènes finales. Dommage alors qu’ils soient surtout utilisés comme économiseurs d’écrans pendant les trajets de l’équipe entre deux repaires de trolls, alors que les scènes de confrontation se déroulent surtout en forêt. Ponctués d’explications souvent délirantes d’Hans sur la nature des monstres, certains de ces intermèdes sont intéressants et contribuent à donner une impression de cohérence et d’un certain réalisme, mais au bout d’un moment, ça flirte allègrement avec le remplissage…

Par contre, ce qui peut surprendre, c’est la place accordée à l’humour. Le film est drôle en général, et par moment hilarant (La scène du livreur d’ours polonais sort vraiment du lot.), et on passe d’un style pince sans rire à une satire politique (Avec, notamment, le traitement de la bureaucratique Agence de Gestion des Trolls), en passant par des scènes qui pourraient sortir d’une comédie burlesque. Si les acteurs ne sont pas extraordinaires, ils restent crédibles, et Otto Jespersen est même plutôt bon en chasseur de trolls taiseux et efficace.

Le Scooby-Gang. Pas de camionette, mais un bus-camping...

Vous l’aurez compris, le film joue aussi bien sur le comique que sur le suspense, et laisse un peu l’horreur de côté. On est en fait devant un faux-faux-documentaire, qui détourne les codes du genre pour se changer en une sorte de comédie satirique fantastique. Si l’humour est réellement présent et efficace, il a cependant pour conséquence d’atténuer l’aspect effrayant des trolls, qui, après quelques apparitions, ont plus l’air sympathiques que menaçant. Le suspense et la tension dramatique, en revanche, sont bel et bien au rendez-vous, malgré une fin plutôt prévisible.

Au final, The Troll Hunter reste un bon film, à la fois drôle, spectaculaire, et artistiquement réussi, mais pas exempt de défauts, au premier rang desquels ses longueurs superflues, et une certaine tendance à la répétition. Reste que son statut d’OVNI même parmi les films fantastique du même genre en fait vraiment un must-see, récompensé par plusieurs prix, notamment le Méliès d’Argent du meilleur long métrage fantastique européen et le Prix H.R. Giger Narcisse du meilleur film au Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel. Si vous trouvez une séance, allez-y, l’occasion risque de ne pas se représenter!

The Troll Hunter (Trolljegeren) d’André Øvredal | Scénario d’André Øvredal | Photographie de Hallvard Braein | Avec Otto Jespersen, Glenn Erland Tosterud, Johanna Mørck, Tomas Alf Larsen | Norvège | 2010 | 90 min. | Fantastique et comédie | Distribué par Universal Pictures International France | Crédit photographique : Universal Pictures