Taper la première division de l’entertainment cinématographique, ça vous (po)lisse un homme. Tel est donc le cas de Matthew Vaughn qui a réussi à faire, contre toute attente une très bonne adaptation de comics l’année dernière et aussi un des films les plus marquants, Kick-Ass. Ayant intégré la première division du championnat américain des blockbusters, il devait montrer sa maîtrise et son savoir faire pour être le rookie of the year ((Terme à dominance sportive que l’on retrouve dans les championnats nors américains de sports en équipe ou sport automobile. Littéralement « Débutant de l’année » ou meilleur débutant de l’année.)). Selon le nouvel adage en cours : plus on a d’argent, moins on a de liberté, on pouvait donc craindre une grosse baisse de niveau. Ce qui ne manque évidemment pas avec ce X-Men, le commencement (enfin l’un des commencements, parce que Marvel a déjà beaucoup recommencé avec ses chers X-men, qui se paye le luxe d’être régulièrement en tête des ventes des comics depuis de très nombreuses années). Avec un casting de demi-inconnus au bataillon pour le grand public, il fallait donc quand même un jour retracer l’histoire des deux plus grands ennemis/amis jurés de l’histoire des super héros, à savoir Charles Xavier et Erik Lehnsherr.


X-Men: First Class (X-Men : le commencement) nous entraîne aux origines de la saga X-Men, révélant une histoire secrète autour des événements majeurs du XXe siècle. On assiste donc à la naissance des mutants, qui prend son départ pendant la seconde guerre Mondiale, avant que les mutants n’aient révélé leur existence au monde.

Les futurs Professeur X et Magneto, Charles Xavier et Erik Lehnsherr sont deux jeunes hommes découvrant leurs pouvoirs pour la première fois dans des conditions légèrement différentes. Le premier vit dans le manoir familial et fait la rencontre d’une fille comme lui, Raven. Le second les a découverts lorsqu’on a pris ses parents dans un camp de concentration.

Avant de devenir les pires ennemis, ils étaient encore amis, et travaillaient avec d’autres mutants pour empêcher la destruction du monde, l’Armageddon. Au cours de cette opération, le conflit naissant entre les deux hommes s’accentua, et la guerre éternelle entre la Confrérie de Magneto et les X-Men du Professeur X éclata…

Une chose est définitivement sûre : s’il y a une sacro sainte continuité, il s’agit surtout de celle des films avec ce nouvel épisode. Peu de rapports avec les vraies origines des X-men en ce qui concerne les membres fondateurs, à deux ou trois exceptions prêts. Les scénaristes ont surtout préparé un cocktail de personnages qui interviennent à différentes époques, entre un fauve présent depuis le début, un hurleur arrivant sous la houlette de Chris Claremont ou encore une Angel ayant fait ses premiers pas avec Grant Morrison. Ce dernier, avec son compère Quitely, avait d’ailleurs marqué les esprits des lecteurs et il n’est donc pas étonnant de revoir les costumes de cette époque, tout comme les secondes métamorphose (Emma Frost qui se transforme en diamant et le fauve avec un look beaucoup plus bestial).

Ce mélange des genres aurait de quoi dérouter le fan des X-Men de la première heure même s’il a toujours été établi que les X-Men étaient une franchise dont les personnages sont interchangeables. On a quand même bien du mal à comprendre pourquoi dans cet épisode, il n’y a aucune trace de deux des personnages les plus importants de la série, à savoir Jean Grey et Scott Summers (on aura droit quand même à son frère, Alex). Si ce dernier crève lamentablement dans le 3 et a toujours été considéré comme un personnage de seconde zone dans les films, au grand dam d’une partie des fans. Mais qu’importe, après tout, les X-Men sont moins une famille qu’un regroupement de parias et ce message a toujours été véhiculé par la série selon les époques. Les membres sont souvent interchangeables, il y a au fil des décennies, plusieurs formations différentes, avec un socle de personnages principaux plus ou moins réguliers selon les envies des scénaristes.

Ce qui frappe tout de même, c’est la volonté de coller aux années 2000/2010, avec des personnages plus murs que leurs âges et beaucoup plus contemporains. Logique lorsque l’on s’adresse à un public d’aujourd’hui. Moins de naïveté transparait parce que le monde est moins clair que dans les années 1960. Les nouveaux fléaux qui frappent l’humanité et la peur du lendemain ont clairement resitué les X-Men et leur combat pour se faire une place dans la société. Il est vraiment à souligner que dans le film, il y a la reprise des deux thèses, l’une défendu par Magneto et l’autre par le Professeur X. C’est ce qui a toujours fait le sel de la franchise. Mais comme toujours avec la franchise au cinéma, les X-Men manquent de percussion et de volonté de dépasser les limites.

Claremont nous ayant trop mal habitués avec des intrigues de malades s’inscrivant sur des dizaines d’années, Morrison ayant poursuivi le travail en grisant des personnages trop blanc ou trop noirs et montrant leur face cachée, on aurait pu s’attendre à voir ici émerger, depuis que le Dark Knight a ouvert la voie, un épisode plus adulte et plus noir, plus dur. Si effectivement, certains éléments sont clairement plus orientés vers un public adulte, le film ne décolle pas de messages bateaux et propres à ratisser plus large. La tolérance, le respect de la différence sont toujours des thèmes qui feront sourire les cyniques de nature et les adultes. Le coté boy scout du professeur Xavier est un peu lissé, que Magneto aura toujours combattu. D’ailleurs ce dernier, incarné par Michael Fassbender ((L’acteur révélé par Band of Brothers à la télévision et depuis a tourné dans les films de « mecs » comme 300 ou Centurion)) et qui compte le plus, est impressionnant ici. On sent la volonté des scénaristes et des producteurs de le placer au même niveau que Heath Ledger avec son rôle marquant du Joker. Il éclipse donc James McAvoy, le professeur X, même si celui-ci arrive un peu à lui tenir tête.

Pour le reste, c’est un peu dommage qu’il y ait quelques erreurs de casting et approximations. Si on apprécie Rose Byrne, dont le mois de juin en France sera SON mois puisqu’on la retrouve dans Insidious, où est passé le roux naturel de Moira Mactaggert ? Emma Frost, incarné par January Jones (la série Mad Men), manque de traits lisses qui caractérisent une beauté pure et contrastent, d’une certaine manière, avec son coté manipulateur. Elle en joue énormément dans la Bande dessinée puisqu’on aimerait tant lui donner le bon dieu sans confession.

Mais incontestablement et paradoxalement, X-Men: Le Commencement est celui qui respecte un tant soit peu plus l’esprit de la bande dessinée. En effet, même si l’équipe de base ne veut rien dire, le fait que des personnages décèdent rapidement (et même s’il est noir), nous ramène à la mort de l’indien apache Thunderbird lors de la relance des X-Men en 1975. Cet acte fondateur, associé aux différences fondamentales entre Charles Xavier et Erik Lehnsherr inscrivent ce nouvel épisode comme l’un des plus proches de ce que l’on a pu lire dans les comics.

Il est juste dommage que plusieurs points, au niveau technique, ne suivent pas : les effets spéciaux et incrustations d’images de synthèse ne sont pas toujours au point, donnant sur grand écran l’aspect d’un jeu vidéo. Et surtout la musique. Si le thème orchestré par Henry Jackman est sympa, il est très mal synchronisé avec ce qui se passe à l’écran. La musique a résolument une touche très 60’s/70’s mais ne colle pas avec l’action. Clairement problématique pour en faire un film de très grande envergure et marquant de l’année.

Si The Dark Knight, Le Frélon Vert, Darkman ou encore, dans une moindre mesure, Kick-Ass, s’inscrivaient dans un courant plus adulte des personnages masqués plus ou moins inspirés de comics, X-Men: Le Commencement choisit, lui, de se mettre à la portée de nouveaux fans en lissant un maximum son intrigue. On ne s’ennuie pas vraiment et on aura plaisir à retrouver quelques cameo, comme celui de Hugh Jackman, le Wolverine emblématique ou encore, pour les puristes des films de genre de voir Michael Ironside, Ray Wise ou Rade Serbedzija, le Boris dans Snatch. Un peu d’humour, beaucoup de personnages différents, plusieurs intrigues, que demande le peuple pour un blockbuster ? Pas plus, si ce n’était de vraiment marquer les esprits définitivement. Ca sera pour une prochaine fois…