La Fille du puisatier est un remake du film de 1940 de Marcel Pagnol avec Raimu, Fernandel, Josette Day, Line Noro et Charpin. Fort d’une grosse promotion dans la région PACA, et notamment dans tous les petits cinémas où il a été diffusé en avant-première, c’est le premier long-métrage réalisé par Daniel Auteuil ((C’est ainsi que Daniel Auteuil s’est rendu le 14 mars lors d’une avant première dans le cinéma « Ciné Palace » de Saint Remy de Provence)). Très inspiré par le cinéaste et écrivain provençal, puisqu’il compte, si le film marche bien, adapter par la trilogie marseillaise César, Marius et Fanny, Auteuil signe ici un film honnête, qui reprend le cadre et les décors de l’original, même si l’entreprise peut paraître, d’une certaine mesure, assez vaine.


En coupant à travers champs pour aller porter le déjeuner à son père Pascal Amoretti (Daniel Auteuil), Patricia (Astrid Berges-Frisbey) rencontre Jacques (Nicolas Duvauchelle). Elle a dix-huit ans, il en a vingt-six. Elle est jolie, avec des manières fines de demoiselle ; il est pilote de chasse et beau garçon. Un peu de clair de lune fera le reste à leur seconde rencontre.

Il n’y aura pas de troisième rendez-vous : Jacques est envoyé au front ((Pour la petite histoire, l’original ne devait pas prendre pour cadre la seconde guerre mondiale, mais lorsque Pagnol a tourné son film, les événements extérieurs, le déclenchement des hostilités, ont remplacé un départ de l’Afrique pour les lignes de front. Quant la réalité rattrape le cinéma…)). Patricia attendra un enfant de cette rencontre. Les riches parents du garçon crieront au chantage, Patricia et son père, le puisatier, auront seuls la joie d’accueillir l’enfant. Une joie que les Mazel leur envieront bientôt et chercheront à partager, car Jacques est porté disparu… Et  le puisatier ne l’entend pas de cette oreille.


La Fille du puisatier – Bande-annonce – 2011

A la vision de La Fille du puisatier, une question ne cesse de hanter le spectateur qui essaye de se mettre à la place du réalisateur : A quoi bon adapter une œuvre dans son contexte original, en gardant l’esprit d’une France désormais oubliée et passéiste, sans essayer de la mettre au goût du jour ? Le rôle du puisatier, incarné par Auteuil lui-même est clairement un personnage du passé, avec ses tracas et sa vision des choses très patriarcale et peu progressiste. Clairement marqué du sceau d’une époque, celle de l’entre deux guerre et le début de la seconde Guerre Mondiale, le film d’Auteuil semble nous montrer une époque plus simple et pas forcément plus enviable, où l’émotion prend le pas sur l’intellectuel. Comme nous ne sommes pas dans Giono, qui faisait souvent le contraste entre un climat dur et des paysages rocailleux voire rudes et des histoires fortes de personnages, le schéma présenté ne fonctionne pas en plein. Et oui, il semble qu’il fasse  beau en Provence, toujours. C’est une image d’Épinal, un cliché. Et il y a de la verdure et de jolis paysages bien propres. Sans compter un soleil de plomb, évidemment.

Reste que pour un premier film, il tient bien la route. Peut-être qu’une nouvelle carrière de réalisateur s’ouvre pour Auteuil, qui a décidément envie de retrouver les paysages de son enfance ((Il a vécu à Avignon (Vaucluse), qui ne se situe pas très loin des Alpilles, là où a été tourné en partie La Fille du puisatier. Tourné en Provence, certains reconnaitrons la Chapelle Saint Sixte (où Patricia attend son amoureux et ne recevra pas la lettre…), peinte par Van Gogh, qui se situe à Eygalières, tout comme Saint Rémy de Provence puisque certains plans ont été tournés dans cette charmante petite ville. On n’oublie pas Salon de Provence, ville située de l’autre coté des Alpilles par rapports au deux cités plus haut. La séquence du train a été tournée à Brignoles dans le Var, département limitrophe des bouches-du-rhône où se situent les lieux cités plus haut.)). Étonnamment, alors que les accents provençaux étaient nettement très appuyés dans la bande-annonce, ils nuisent beaucoup moins à l’oreille lors de la vision du film. Ce qui est clairement une bonne chose. Étonnamment aussi, Merad s’en sort mieux au niveau de son accent et dans son interprétation d’un gentil sudiste campagnard, après nous avoir donné un rôle « mémorable » de mafioso Marseillais dans L’Immortel de sinistre mémoire. Le reste du casting n’est pas en reste puisque la très jolie Astrid Berges-Frisbey, malgré un début du film assez peu éloquent, s’en sort beaucoup mieux par la suite, sans compter Nicolas Duvauchelle qui cherche toujours à diversifier ses rôles. On peut également citer les prestations de Darroussin, un habitué des films du sud est puisqu’il a tourné dans presque tous les Robert Guédiguian et d’Azéma qui nous sert un rôle sur mesure pour elle ici.

Alors La File du puisatier reste surtout une carte postale de la région ((Elle plaira surement aux américains amoureux de la région. A titre anecdotique, le film s’appelle, comme l’original bien sûr, The Well-Digger’s Daughter dans la langue de Shakespear.)). Les paysages sont toujours aussi magnifique même si la photographie d’Une Grande année de Ridley Scott avait été bien plus impressionnante à ce niveau là ((Pour rester complet sur la géographie, Une Grande année a été tourné dans le Vaucluse (Bonnieux, Cucuron et Gordes) et les paysages ressemblent à ceux rencontrés dans La Fille du Puisatier puisque c’est grosso modo le même type de décor naturel.)). Celle, résolument plus naturaliste, de Robin, reste plus classique d’un téléfilm de France 3 et ses régions. C’est un peu dommage lorsqu’il s’agit d’un film et non d’un téléfilm. On retrouve la touche « Pagnolesque » dans les dialogues, il manque juste une petite pointe de vrai dans le jeu des acteurs.

A ce propos, Auteuil devrait peut-être songer à passer la main à ce niveau là et se contenter du rôle de réalisateur, à la manière d’un Clint Eastwood, toute proportion gardée. En assurant une mise en scène classique pour un film qui ne l’est pas moins, il a su donner à son film l’impulsion nécessaire pour en faire une jolie histoire d’un autre temps. Celle de « fille perdue » est un peu moins d’actualité même s’il est évident qu’élever un bébé seul aujourd’hui peut rester quelque chose de particulièrement mal vu dans les petits villages et plus généralement la campagne. Là-dessus, La Fille du puisatier s’inscrit dans une autre France, pour des spectateurs plus enclins à voir des films qui leur rappelle leur quotidien et surtout la rumeur. C’est peut-être ici le seul moment où le film fera toujours mouche dans notre petite société.