La Fille du puisatier de Daniel Auteuil

Le 3 mai 2011 par Guilhem dans Drame
lafilledupuisatier3

Notes

Réalisation
65%


Casting
75%


Scénario
85%


Photo
65%


Musique
70%


Intérêt
65%


Total Score
71%

71/ 100

Genre: ,
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , , , ,
 
 
Scénario: , ,
 
Photographie:
 
Musique:
 
Pays:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 107 minutes
 
Crédit photographique: Pathé Distribuion
 

Les Plus:

La Provence, ses décors, Pagnol et son charme
 

Les Moins:

Et les très mauvais accents des acteurs
par Guilhem
La critique

La Fille du puisatier est un remake du film de 1940 de Marcel Pagnol avec Raimu, Fernandel, Josette Day, Line Noro et Charpin. Fort d’une grosse promotion dans la région PACA, et notamment dans tous les petits cinémas où il a été diffusé en avant-première, c’est le premier long-métrage réalisé par Daniel Auteuil1. Très inspiré par le cinéaste et écrivain provençal, puisqu’il compte, si le film marche bien, adapter par la trilogie marseillaise César, Marius et Fanny, Auteuil signe ici un film honnête, qui reprend le cadre et les décors de l’original, même si l’entreprise peut paraître, d’une certaine mesure, assez vaine.


En coupant à travers champs pour aller porter le déjeuner à son père Pascal Amoretti (Daniel Auteuil), Patricia (Astrid Berges-Frisbey) rencontre Jacques (Nicolas Duvauchelle). Elle a dix-huit ans, il en a vingt-six. Elle est jolie, avec des manières fines de demoiselle ; il est pilote de chasse et beau garçon. Un peu de clair de lune fera le reste à leur seconde rencontre.

Il n’y aura pas de troisième rendez-vous : Jacques est envoyé au front2. Patricia attendra un enfant de cette rencontre. Les riches parents du garçon crieront au chantage, Patricia et son père, le puisatier, auront seuls la joie d’accueillir l’enfant. Une joie que les Mazel leur envieront bientôt et chercheront à partager, car Jacques est porté disparu… Et  le puisatier ne l’entend pas de cette oreille.


La Fille du puisatier - Bande-annonce – 2011

A la vision de La Fille du puisatier, une question ne cesse de hanter le spectateur qui essaye de se mettre à la place du réalisateur : A quoi bon adapter une œuvre dans son contexte original, en gardant l’esprit d’une France désormais oubliée et passéiste, sans essayer de la mettre au goût du jour ? Le rôle du puisatier, incarné par Auteuil lui-même est clairement un personnage du passé, avec ses tracas et sa vision des choses très patriarcale et peu progressiste. Clairement marqué du sceau d’une époque, celle de l’entre deux guerre et le début de la seconde Guerre Mondiale, le film d’Auteuil semble nous montrer une époque plus simple et pas forcément plus enviable, où l’émotion prend le pas sur l’intellectuel. Comme nous ne sommes pas dans Giono, qui faisait souvent le contraste entre un climat dur et des paysages rocailleux voire rudes et des histoires fortes de personnages, le schéma présenté ne fonctionne pas en plein. Et oui, il semble qu’il fasse  beau en Provence, toujours. C’est une image d’Épinal, un cliché. Et il y a de la verdure et de jolis paysages bien propres. Sans compter un soleil de plomb, évidemment.

Reste que pour un premier film, il tient bien la route. Peut-être qu’une nouvelle carrière de réalisateur s’ouvre pour Auteuil, qui a décidément envie de retrouver les paysages de son enfance3. Étonnamment, alors que les accents provençaux étaient nettement très appuyés dans la bande-annonce, ils nuisent beaucoup moins à l’oreille lors de la vision du film. Ce qui est clairement une bonne chose. Étonnamment aussi, Merad s’en sort mieux au niveau de son accent et dans son interprétation d’un gentil sudiste campagnard, après nous avoir donné un rôle « mémorable » de mafioso Marseillais dans L’Immortel de sinistre mémoire. Le reste du casting n’est pas en reste puisque la très jolie Astrid Berges-Frisbey, malgré un début du film assez peu éloquent, s’en sort beaucoup mieux par la suite, sans compter Nicolas Duvauchelle qui cherche toujours à diversifier ses rôles. On peut également citer les prestations de Darroussin, un habitué des films du sud est puisqu’il a tourné dans presque tous les Robert Guédiguian et d’Azéma qui nous sert un rôle sur mesure pour elle ici.

Alors La File du puisatier reste surtout une carte postale de la région4. Les paysages sont toujours aussi magnifique même si la photographie d’Une Grande année de Ridley Scott avait été bien plus impressionnante à ce niveau là5. Celle, résolument plus naturaliste, de Robin, reste plus classique d’un téléfilm de France 3 et ses régions. C’est un peu dommage lorsqu’il s’agit d’un film et non d’un téléfilm. On retrouve la touche « Pagnolesque » dans les dialogues, il manque juste une petite pointe de vrai dans le jeu des acteurs.

A ce propos, Auteuil devrait peut-être songer à passer la main à ce niveau là et se contenter du rôle de réalisateur, à la manière d’un Clint Eastwood, toute proportion gardée. En assurant une mise en scène classique pour un film qui ne l’est pas moins, il a su donner à son film l’impulsion nécessaire pour en faire une jolie histoire d’un autre temps. Celle de « fille perdue » est un peu moins d’actualité même s’il est évident qu’élever un bébé seul aujourd’hui peut rester quelque chose de particulièrement mal vu dans les petits villages et plus généralement la campagne. Là-dessus, La Fille du puisatier s’inscrit dans une autre France, pour des spectateurs plus enclins à voir des films qui leur rappelle leur quotidien et surtout la rumeur. C’est peut-être ici le seul moment où le film fera toujours mouche dans notre petite société.

  1. C’est ainsi que Daniel Auteuil s’est rendu le 14 mars lors d’une avant première dans le cinéma « Ciné Palace » de Saint Remy de Provence []
  2. Pour la petite histoire, l’original ne devait pas prendre pour cadre la seconde guerre mondiale, mais lorsque Pagnol a tourné son film, les événements extérieurs, le déclenchement des hostilités, ont remplacé un départ de l’Afrique pour les lignes de front. Quant la réalité rattrape le cinéma… []
  3. Il a vécu à Avignon (Vaucluse), qui ne se situe pas très loin des Alpilles, là où a été tourné en partie La Fille du puisatier. Tourné en Provence, certains reconnaitrons la Chapelle Saint Sixte (où Patricia attend son amoureux et ne recevra pas la lettre…), peinte par Van Gogh, qui se situe à Eygalières, tout comme Saint Rémy de Provence puisque certains plans ont été tournés dans cette charmante petite ville. On n’oublie pas Salon de Provence, ville située de l’autre coté des Alpilles par rapports au deux cités plus haut. La séquence du train a été tournée à Brignoles dans le Var, département limitrophe des bouches-du-rhône où se situent les lieux cités plus haut. []
  4. Elle plaira surement aux américains amoureux de la région. A titre anecdotique, le film s’appelle, comme l’original bien sûr, The Well-Digger’s Daughter dans la langue de Shakespear. []
  5. Pour rester complet sur la géographie, Une Grande année a été tourné dans le Vaucluse (Bonnieux, Cucuron et Gordes) et les paysages ressemblent à ceux rencontrés dans La Fille du Puisatier puisque c’est grosso modo le même type de décor naturel. []

A propos de l'auteur

Guilhem
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Créateur du site. Et accessoirement d'autres casquettes et rôles (beaucoup). Envoyez un mail à guilhem@cadependdesjours.com pour toute demande, question, suggestion ou demande plus formelle (courrier des lecteurs accepté aussi).

7 commentaires sur cet article



  1. avatar
     

    J’ai bien aimé La Fille du Puisatier, c’est frais, touchant de simplicité, ce que j’ai complimenté dans un article à ce sujet : http://lauraoza.blogspot.com/2011/04/la-fille-du-puisatier-daniel-auteuil.html

    Daniel Auteuil est toujours aussi bon acteur, un grand bravo aussi à Kad Merad qui joue très bien le simplet attachant. Un film à voir pour se remémorer le bon vieux temps… que je n’ai pas connu ! ;)


  2. avatar
     
    Dextarian

    Ce n’est pas un mauvais film en soi mais j’avoue que je m’interroge encore sur la nécessite de faire une histoire sur une époque que ni Auteuil ni nous n’avons connu.

    Certains éléments du film aurait très bien pu être transposés maintenant, en conservant le ton. L’exercice est difficile mais le mérite n’aurait été que plus grand.

    Quant au rôle de Merad, je dirais pas qu’il joue un simplet mais une personne simple. Ce type de personnages existe vraiment toujours dans ces gentils coins de la Provence et ils n’ont rien de simplet à mon sens. Juste une autre façon de concevoir la vie.

    En tout cas joli article sur le blog :)


  3. avatar
     

    Merci à toi !
    Oui « simplet » à mon sens signifiait quelqu’un de simple, mais tu as raison il faut préciser car le terme existe bel et bien et il est moins élogieux ! ;)
    D’accord avec toi, il aurait peut-être fallu que le film soit remis au goût du jour, mais peut-être que beaucoup auraient comparé avec l’ancienne version en disant qu’ils « regrettaient le bon vieux temps », et finalement auraient été déçus probablement de ne plus voir La Fille du Puisatier mais un tout autre film.

    Cela dit, si ça avait été réussi, quel grand succès ça aurait été :)


  4. avatar
     
    Dextarian

    En même temps, je viens de penser que si c’est comme le Schpountz avec Smain, qui était transposé aujourd’hui, ça serait pas gagné. Mais c’est vrai que si ça avait été réussi, ça aurait été un grand succès :D


  5. avatar
     

    Du coup si ils ne savent plus quoi inventer comme films, on a trouvé pour eux ! ;)


  6. avatar
     
    MicroLoft OutBook

    Je n’ai pas encore regardé le film, juste la bande-annonce, mais étant un amoureux de Marcel Pagnol et son époque, ma curiosité a été piquée par cette réalisation. Du peu que j’ai vu, et surtout entendu, j’ai eu l’impression que le Ugolin de Berry était de retour. J’attends de voir le film, car la musique bien mielleuse, donnant un ton de romance passée, me gêne beaucoup. Toujours est-il que si Auteuil continu par la trilogie MFC, il va toucher à la mémoire chauvine des Marseillais et des amoureux du vieux port. Il a donc tout intérêt à ne pas manquer son coup.


  7. avatar
     

    Bonjour,

    Je ne vous écris pas pour vous proposer ma candidature pour faire des recherches…malheureusement, mais bien pour VOUS FÉLICITER ET VOUS REMERCIER aux noms de ma sœur, mon beau-frère (avec qui nous allons toujours au cinéma) au nom de mon conjoint et en mon propre nom pour votre film « La fille du Puisatier ».

    Il y a longtemps que nous n’avions vu un aussi beau et bon film. Nous avons énormément apprécié ce film et tout particulièrement votre « plaidoyer à ce riche monsieur » qui nous a émus au plus haut point pour le ton et la dignité de votre personnage. Bravo!

    Merci beaucoup et donnez-nous encore ce genre de film.

    Jeanne et Jean-Louis Lussier
    Boucherville, Qc
    Canada



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