Thor a été peu adapté au cinéma ou à la télévision. S’il existait deux ou trois dessins animés en 1966,  on ne peut pas dire qu’ils aient connu un franc succès. Comme Marvel a décidé de reprendre tous ses personnages au cinéma les uns après les autres pour faire partager l’univers riche de la « Maison des idées », il était logique que l’un des membres fondateurs des Vengeurs (Avengers, la célèbre équipe de sup’héros), avec Hulk et Iron Man, ait droit à son adaptation sur grand écran. Suivant la logique de confier ses personnages à des réalisateurs confirmés et/ou plus intellos après Gavin Hood pour Wolverine, la compagnie a jeté son dévolu sur  Kenneth Branagh, le réalisateur anglais plus habitué à adapter du Shakespeare qu’à tourner du Blockbuster façon Michael Bay ((A noter que plusieurs réalisateurs avaient été présentis, comme  Matthew Vaughn, Sam Raimi, David S. Goyer ou encore  D.J. Caruso.))

Thor étant supposément une sorte de Dieu dont le « personnage » existait déjà dans la mythologie nordique, il était évident que ce serait le plus difficile des vengeurs à adapter au cinéma. La première partie du film a la bonne idée de commencer par nous raconter l’histoire de Thor (Chris Hemsworth) et des conflits de famille entre son père Odin (Anthony Hopkins), son envieux de frère Loki (Tom Hiddleston).

Très beau, léché, le royaume d’Asgard est totalement réussi visuellement, avec un rendu rétro-futuriste, mélangeant la science et la magie, nous offrant une vision assez rare des univers parallèles décrits dans les Marvel Comics. Que ce soit les décors, les costumes ou encore l’architecture, l’équipe des effets spéciaux a vraiment bossé dur et ça se voit, même si des fois on se demande si Kenneth Brannagh ne s’est pas inspiré des dessins animés SilverHawks ou Cosmocats au niveau de l’esthétique voulue.

Pour la petite histoire, Thor, fils du roi d’Asgard et figure principale des « Neufs Royaumes » est sur le point d’accéder au trône tandis que son père vieillit et que le pouvoir du royaume s’affaiblit face aux attaques des Géants de Jotunheim, bien décidés à chier dans les bottes des Asgardiens. Une nouvelle guerre semble inévitable, surtout que le frérot Loki, très fout la merde dans l’esprit, pousse Thor à en découdre avec les Géants bleus qui ont eux aussi une sorte de mini Kraken à releaser. Sauf que papa en mode faites l’amour, pas la guerre, pense que Thor a tord et ejecte fiston sur terre. Et Thor sur terre, on se fait sérieusement chier.

Brannagh troque les images de synthèse soutenues par une 3D totalement inutile et rendant le film bien trop sombre dans le sens visuel du terme, par une terre plate et sans relief ou la 3D est plus que dispensable, elle en devient même insoutenable. La tri-dimension devient une bi-dimension dans une amérique pleine de rednecks concourant façon roi Arthur et l’Excalibur à soulever le marteau de Thor, coincé dans le désert depuis trop longtemps.

Brannagh passe d’un ton assez sérieux et shakespearien à de l’humour et des gags à 2 roubles ; par exemple le moment où notre héros bienveillant se fait taser la tronche violemment, le running-gag de Natalie Portman qui le renverse avec son pick-up plusieurs fois, ou encore le coup de la piqûre tranquillisante qui montrent à quel point le personnage n’est pas si balaise que ça. Les talents de Portman et de Stellan Skarsgård sont ici sous-exploités, pire : on sent la Natalie totalement amourachée de ce tas de muscle aryen en mode timide et peu sûre d’elle, alors que merde quoi, c’est Natalie Portman : elle peut se taper n’importe quel mâle hétérosexuel sur cette planète !

Une vraie déception donc, même si on se rend compte que ce Marvel sert plus de positionnement du perso de Thor avant la sortie de Avengers en 2012. C’est tout de même dommage qu’il n’y ait pas eu plus de développement scénaristique comme Jon Favreau avait réussi à faire avec Iron Man, mais ici, on est plus dans le blockbuster d’été façon Hulk avec Edward Norton : des costumes, des décors, mais des personnages fades et sans consistance ; ce qui laisse présager du pire pour Captain America.