Est-ce qu’en France, on sait (encore) faire des polars/Thrillers dignes de ce nom ? La réponse est manifestement oui, un gros oui, d’ailleurs, avec le nouveau film d’Eric Valette, le réalisateur, qui n’hésite pas à varier les styles après Maléfique sorti en 2003, le remake du film de Takeshi Miike One Missed Call sorti en 2006 et Une affaire d’Etat sorti en 2009, en s’attaquant ici à un genre assez moribond dans notre contrée. On doit l’histoire du film à Luc Bossi et Laurent Turner qui avaient signé le scénario de La Chance de ma vie avec Virginie Efira, comédie romantique gentillette sans plus. Sans temps mort, mélangeant plusieurs histoires sans en perdre le fil, La Proie est une petite surprise dans les sorties de la semaine.

Un braqueur (Albert Dupontel) s’évade de prison pour traquer son ancien codétenu, un tueur en série  (Stéphane Dubac) qui a entrepris de lui coller ses crimes sur le dos. Une policière de la Brigade des Fugitifs  (Alice Taglioni) se lance à la poursuite du braqueur, devenu bien malgré lui l’ennemi public numéro 1. Quand chacun des protagonistes aura été au bout de lui-même, qui sera le chasseur, et qui sera la proie ?

Tout comme A bout Portant, de Fred Cavayé, qui cherchait dans son film à donner un gros rythme soutenu, La Proie cherche à reprendre ce qui avait les ingrédients de la trilogie Jason Bourne, qui semble-t-il, a marqué les cinéastes. Ici, ne serait-ce que par la musique de Noko et le rythme propre du film, on se sent à la maison. Mais ce n’est pas tout. Les plans choisis, le rythme insufflé à l’ensemble et les acteurs font que l’on se plonge sans problème dans ce polar/thriller avec un certain plaisir. C’est assez rare pour le souligner, d’autant plus qu’il y a vraiment une énergie pour une simple banale histoire policière.

Et La Proie permet surtout à Dupontel de montre un style « Jean-Paul Bemondoien » ((Jean-Paul Belmondo avait l’habitude d’exercer lui-même ses cascades dans la plupart de ses films, selon la légende.)) qu’on ne lui connaissait pas forcément, hormis à travers Enfermé Dehors , par exemple, où il donnait déjà la pleine mesure de son énergie physique. Ici, selon les dires de la production, il aurait réalisé lui-même toutes les cascades, ce que l’on croit sans peine au regard des plans et des choix de caméra ((A noter d’ailleurs le boulot au niveau des prises de vue, qui cherchent soit de l’ampleur, avec des mouvements de grues, soit en restant sur des plans sérrés pour coller au mieux aux personnages.)). Courant, sautant, plongeant, il se retrouve sur un train, sur les pans d’une falaise… S’investissant pleinement dans son rôle, c’est surtout la partie dans la prison qui marquera les esprits où son coté animal fait des merveilles dans cet univers clos.

 Coté casting, d’ailleurs, le choix est plus que bon en donnant à des acteurs des rôles taillés pour eux, à commencer par Stéphane Debac (que l’on apperçu dans Djinns), très inquiétant en bon bourgeois d’apparence et tueur/violeur en série, qui avec sa femme complice, joué par Natacha Régnier sont particulièrement effrayant en étant des gens comme tout le monde. Pour le reste, Caterina Murino (L’enquête Corse, Comme les 5 doigts de la main), Sergi López ou encore Alice Taglioni s’en sortent pas trop mal, même s’ils sont un peu éclipsés par les acteurs cités plus haut.

Si La Proie est une bonne surprise, c’est qu’en jouant sur les codes des films d’actions américains, il garde une touche bien française en faisant intervenir un maximum d’éléments bien français, commencer par les différentes forces de polices ou encore les lieux propres à ce cher pays (la région PACA et plus particulièrement l’arrière pays est mis en valeur ici). Ce mélange des genres entre ce coté formel digéré par le réalisateur et le reste  fait que ce film peut avoir ses chances à l’exportation, ne serait-ce que parce que justement, il y a un soin tout particulier dans la réalisation, sans trop en faire et sans ce coté « cheap » que l’on retrouve souvent dans des productions similaires. Sans temps mort, on suit les pérégrinations de Dupontel tout au long du film, entrecoupées de passages des flics ou du tueur en série et où tout se rejoint dans un final assez classique, somme toute.

La Proie est donc à voir, car même s’il ne restera pas dans les annales du cinéma qui comptent des milliers de films, le film de Valette est un thriller efficace et solide. Avec un titre qui renvoi à l’état de chacun des protagonistes à un moment donné du film (qui est la proie, qui est le chasseur?), c’est du tout bon pour les amateurs du genre.