Sucker Punch, film assez attendu par une partie de la rédaction de CDDJ, comme Battle : Los Angeles, depuis l’été dernier et les premières images, déçoit. Zack Snyder devrait faire des jeux-vidéos et peut-être arrêter de faire des jeux-vidéos au cinéma. Comme tout bon réalisateur qui a bossé avant pour se faire la main dans l’affreux monde de la publicité et le plus sympathique monde du clip, il en a tous les travers : bosser de l’image plutôt qu’une histoire, bosser des plans en fond vert plutôt que du cadrage. Mais cela n’est pas tout : tentant vainement de nous présenter un film noir, il nous présente un message d’une platitude sans nom, à grand coup de dialogue ringards et lissés et de jeunes actrices totalement déconcertées par un réalisateur qui a atteint ses limites avec un premier scénario bête à manger du foin malgré le vernis « dark attitude ».

Sucker Punch, c’est donc l’histoire de Babydoll (Emily Browning), enfermée contre son gré dans un asile de fou pour avoir tué par mégarde sa jeune sœur (à travers les premières minutes silencieuses, les seules d’ailleurs intéressantes). Promis à une lobotomisation certaine (nous sommes dans les années 50 ou 60), elle pousse quatre autres jeunes filles à s’unir pour échapper à leurs redoutables ravisseurs, Blue et Madame Gorski (Carla Gugino) – avant que le mystérieux High Roller ne vienne s’emparer de Babydoll.

Créant un monde imaginaire en exerçant une danse dont elle seule à le secret, Babydoll, avec l’aide des filles, partent en guerre contre des créatures fantastiques, des samouraïs et des serpents, grâce à un arsenal virtuel et à l’aide d’un Sage, dans l’espoir de retrouver leur liberté perdue….

Le problème principal quand on assiste à la projection de Sucker Punch, c’est que l’on ne peut s’empêcher de penser au sublime navet de l’espace Dead Or alive, adaptation du jeu vidéo du même nom ((A ne pas confondre avec la trilogie de Takeshi Miike.)) qui rencontre les filles de Sin City, le coté putes en moins et le coté burlesque en plus. Le burlesque ayant été redécouvert par certains puissants de ce monde, il n’en fallait donc pas plus pour orienter plus l’imagerie du film vers ce sympathique courant. Enfin, ne soyons quand même pas trop admiratif : cela reste surtout des go-go danseuses banales.

Mais c’est surtout pour son espèce de vernis sans saveur que le nouveau film de Snyder dénote. En effet, il semblerait qu’il se cacher du pourri, du non dit dans Sucker Punch alors qu’on voit clairement que c’est surtout de l’esbroufe. C’est d’ailleurs même, au mieux, de la psychologie de comptoir, voire de bas étage. Mais cela ne serait pas vraiment dérangeant si le reste du film suivait. Car après tout, ce film est destiné principalement aux adolescents et aux jeunes adultes. Enfin, ceux pour qui aller au cinéma est l’affaire d’une véritable expédition.

Mais ce qui est loin d’être le cas, c’est que tous les aspects de Sucker Punch soient très mauvais. La direction d’actrices (on oublie les acteurs qui manquent totalement de présence) est totalement mauvaise. Les cinq pauvres filles jouent au mieux comme des nouilles, au pire comme des brèles (n’ayons pas peur des mots devant ce sublime carnage). Manquant très souvent de charisme, sans manquer de charme, et d’émotion, elles sont ici totalement perdues dans du fond vert, en essayant de faire passer quelques sentiments fort comme le libre arbitre ou même tout simplement la quête de liberté. On passe sur le rôle de Carla Gugino et de son accent totalement ridicule et qui a un mal fou à nous communiquer son empathie et sa volonté de sauver ses filles des méchants messieurs. Tous des pourris, c’est bien connu. Ce qui est logique puisque le film s’inscrit dans les années 50 où la gente masculine avait droit de vie et de mort sur les femmes. Pour s’en rendre compte, voir le film récent L’échange, de Clint Eastwood ou encore le cas Frances Farmer. Cela se passe aux États-Unis et c’était il y a à peine 60 ans.

Mais Sucker Punch est surtout un film pour racoler le geek de cinq ans d’âge ((Entendre par là une personne convertie.)). Le « geekisme », c’est-à-dire en France les fans de jeux vidéos, surtout et un peu du reste (comme jeux de rôles, univers SF,ect ect) ((Nous rappelons qu’être geek, c’est avant toute chose et à la base être passionné par quelque chose.)) est quelque chose d’aussi à la mode ((Voir le film Paul pour s’en convaincre.)). Aussi, mettre des quêtes dans ce film comme récupérer une carte, une clé ou du feu, c’est un peu la trame de base de tout jeu d’aventure depuis 30 ans. Ce concept n’ayant pas bougé d’un iota, on est dans Sucker Punch en pleine tentative de séduction. Véritable porte étendard d’une génération geek pour certains, Snyder est surtout un bon gros pompeur de tout ce qu’il peut trouver sur le marché en terme d’univers imaginaires et d’œuvres palpitantes qui sont devenues plus ou moins des classiques. Nous pourrions citer des emprunts à Jin-Roh, Le Dragon du lac de feu, Casshern, Kill Bill, Captaine Sky et le monde de demain et quelques autres des films des dix dernières années.

Mais d’autres réalisateurs passionnés d’hommages cinématographiques, revisitant des univers, sont passés par là et non des moindres. Et dans ce créneau, Snyder est loin d’être un Tarantino, Rodriguez ou encore le duo de réalisateur Neveldine et Taylor qui avait déjà pas mal brossé l’envers du décor du monde du jeu-vidéo dans Ultimate Game ((Nous sommes encore moins dans Avalon, bien entendu.)). Donner une lame à une fille pour quelle tranche trois pauvres monstres, même sans être très innovant en soi, peut-être vraiment jouissif. Ce n’est pas le cas ici. Que des putes, pardon, des go-go danseuses, se rebellent contre le système, c’est le début de Planet Terror ((On passera sur toute la production dite alternative ou de série B, comme Nunn with Big Guns ou   Zombie Stripper, ou Bitch Slap pas dispo en France,  qui mettaient en scène trois nanas dans le désert.)) et c’était mieux réussi. Mais ce qui peut déranger le plus visuellement, c’est le rythme. C’est ici très lent, comme d’ailleurs Tron : Legacy ou Le Monde de Narnia. On pourrait d’ailleurs citer l’adaptation de Max Payne.

Même si Sucker Punch est très loin, et peut-être heureusement, d’un Transformers 2 irregardable au cinéma, il se retrouve avec les défauts de certaines séquences de Scott Pilgrim, à savoir le manque de rythme. Jouer avec les effets spéciaux et les images de synthèse est effectivement une chose courante aujourd’hui mais il semble que cela, et c’est assez étonnant en 2011, manque totalement de fluidité et de montage. Comme si les univers des jeux-vidéos et du cinéma avaient bien du mal à se fondre, sauf, par exemple, chez la famille Wachowski, qui avec Speed Racer, avait sublimement mélangé les deux.

Ou alors, il se peut que Snyder, taxé tout de même de « réalisateur visionnaire » dans la bande annonce de Watchmen ((L’une des accroches plus marrantes de ces dernières années pour vendre un film.)), ne soit finalement qu’un réalisateur lambda, où son 300 n’était finalement peut-être que le summum de ce qu’il pouvait faire. C’est pour le moins sont seul fait de gloire, Watchmen n’étant qu’une adaptation très linéaire et peu convaincante de l’immense œuvre de Moore et Gibbons. On craint déjà pour l’adaptation de Superman qu’il est sensé réaliser, même si la réception critique de Sucker Punch au Etats-Unis risque de mettre un terme à ce projet de réalisation.

Alors avec tout cela, il y a vraiment deux moyens d’apprécier ce Sucker Punch à sa juste valeur : soit en le voyant comme un nanar en devenir, en clair, un film de filles en string qui tape sur des robots, ce qui ne change pas trop d’un Dead Or Alive (même si on n’est pas déçu par la plastique des filles), soit en le voyant comme une œuvre noire et visionnaire qui met tout le monde sur le cul. La première solution semble de loin la meilleure, pour notre bien à tous.