Precious Life de Shlomi Eldar

Le 31 mars 2011 par Valentine dans Documentaire

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Titre original: Chaim Yakarim
 
Crédit photographique: Memento Films Distributions
 
par Valentine
La critique

Shlomi Eldar est un journaliste israélien qui n’a cessé, tout au long de sa carrière, de traiter le conflit israélo-palestinien. Longtemps correspondant pour une chaîne israélienne à Gaza, il ne peut désormais plus s’y rendre étant donné le contexte géopolitique actuel. Contacté par un pédiatre israélien, il va s’engager et suivre pendant plus d’un an le combat d’une mère pour sauver son enfant atteint d’une maladie génétique. Fort de sa popularité médiatique, le journaliste va lancer un appel aux dons pour financer la lourde opération chirurgicale qui permettrait de soigner l’enfant.

L’enfant âgé de quatre mois est né sans système immunitaire. Seule une greffe de moelle osseuse est susceptible de le sauver. Or, cette procédure ne peut s’effectuer que dans un hôpital israélien : « seul pont entre Gaza et Israël »1. S’ensuit alors une confrontation entre la famille palestinienne et le personnel médical israélien mais aussi Shlomi Eldar.

Le mérite de ce reportage, c’est qu’il ne se situe pas : à aucun moment le film ne se veut pro-Israël ou pro-Palestine. Le problème, c’est qu’à force de neutralité, il se perd dans des propos contradictoires. Le dialogue est impossible, voilà ce que l’on ressent à la vue de cette confrontation. En témoignent les échanges Raïda / Schlomi qui apprivoisent peu à peu leurs convictions. La paix n’est pas envisagée, ou peu, et notamment par le pédiatre, LA figure optimiste du reportage. Ce combat contre la mort à défaut d’être manichéen est dérisoire : on est en droit de se demander ce que vaut la vie d’un seul enfant quand, dehors, ils meurent par dizaine chaque jour. Tout le conflit israélo-palestinien est exprimé à l’échelle d’une femme et de ses propres convictions, vision assez mince.

Le donateur est israélien. Il a perdu son fils pendant la guerre. Pourquoi donc veut-il les aider, eux, Palestiniens ? Cette question qui s’impose au début du film trouve une réponse plus évidente à mesure que les échanges entre Raïda et Schlomi évoluent.

La richesse de ce documentaire réside dans la quotidienne confrontation avec l’environnement israélien que subit la famille de Raïda qui en plus de la maladie de leur fils, souffrent de se retrouver ainsi en « territoire ennemi ». Raïda (comme le souligne lourdement la voix off de Shlomi Eldar) veut, en plus de vouloir sauver un fils, garder sa dignité et sa réputation : « je veux qu’à Gaza ils voient que je suis toujours une arabe ».

Ce film est un quasi huit-clos. Tantôt l’hôpital tantôt la vue de multiples tirs sur Gaza. La vie dans l’hôpital est un peu une bulle fragile où la complexité du conflit paraît dérisoire à côté de la vie d’un enfant. Des efforts dans un même but, celui de soigner Mohammad. Vision certes très idéaliste mais qui fait réfléchir. Precious life, vie précieuse donc, en écho avec ce que souligne le réalisateur profondément désillusionné par les propos de Raïda qui se dit prête à voir son fils mourir en martyr, « pour Jérusalem ».

La musique, tire larme à souhait, n’amène rien au film. En voulant augmenter la portée émotionnelle des images, elle produit l’effet inverse et c’est presque autant insupportable que les rires préenregistrés des sitcoms américaines : à trop vouloir guider les réactions, le réalisateur nous lasse et c’est dommage. Il y est, on le croit. Mais c’est sa façon de délivrer son message qui est gênante. L’explication du médecin quant à la greffe est clairement à double sens : « ils vont devoir coexister pour survivre ». C’est agaçant, cet implicite explicité. Néanmoins, d’autres détails (spontanés !) comme la berceuse en hébreu qui passe régulièrement dans la chambre d’hôpital du bébé est un détail intéressant qui fait prendre conscience de la réalité des différences culturelles d’un côté à l’autre du mur.

Qu’incarne donc Mohammad ? Le fait que l’entente entre Israéliens et Palestiniens est « facile » ? Il lui manque peut-être la parole à cet enfant. Trop jeune pour parler, trop jeune pour comprendre. Que va-t-il lui rester dans sa mémoire ? De ces moments où l’innocence d’un enfant est confrontée à l’absurdité des comportements adultes : Mohammad, gravement malade2, transporté maladroitement comme un objet à l’entrée du territoire israélien, en pleurs. Consternation, indignation, voilà ce que le film déclenche chez le spectateur, preuve de la relative « efficacité » de ce documentaire qui ne doit pas nécessairement servir d’exemple en la matière. Le conflit israélo-palestinien traité au cinéma a tout autant d’impact et de pertinence. On pense avant tout au cinéaste palestinien Elia Suleiman avec notamment Le temps qu’il reste (2009), film en partie autobiographique, ou encore Les Citronniers (2008) du réalisateur israélien Eran Riklis qui dresse un portrait de femmes ancrés dans le conflit.

Ce documentaire, plein d’espoir, n’envisage pas la paix. Une part de lucidité que l’on ne peut absolument pas reprocher au réalisateur qui a le mérite de dénoncer la violence et la réalité d’une guerre dont le ressenti est quasi inexistant en Occident.

Precious Life de Shlomi Eldar | Musique : Yehuda Poliker | Avec Fawzi Abou Mustafa, Amos Toren, Alex Weingart, Naïm Abou Mustapha, Raz Somech, Sausan Abou Mustapha, Raïda Abou Mustapha, Izzeldin Abou El-Eish

  1. La bande de Gaza étant soumise à un blocus israélo-égyptien depuis 2007. []
  2. Assez aux yeux des autorités pour nécessiter son transfert en Israël. []

A propos de l'auteur

Valentine
Photo du profil de Valentine

Valentine, cinéphile, étudiante en sciences politiques. Idolâtre René Clément, Luchino Visconti, Terrence Malick, Xavier Dolan, Michel Gondry, Sorrentino, Dominique Abel et Fiona Gordon, Emanuele Crialese, Jean Luc Godard… Ainsi que Charles Berling, Anna Karina, Alain Delon, Fabrice Luchini, Casey Affleck…

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