Du haut de ses 41 ans, l’anglaise Polly Jean Harvey peut se vanter d’avoir bousculé un certain nombre d’idées préconçues, notamment sur l’image des femmes dans le rock n’ roll. Depuis son premier album, Dry, paru en 1992, jusqu’à Let England Shake cette année, presque 20 ans marqués du sceau de la provocation, de l’originalité, d’une certaine forme de destroy mâtiné de glamour, au service – sinon à l’avant-garde – de ce que d’aucuns appellent le « rock alternatif ». Inutile de préciser que son retour sur la scène parisienne était plus qu’anticipée par les fans, qui ont pu admirer leur idole lors de deux dates, les 24 et 25 février 2011, à l’Olympia s’il vous plaît.

Et parce qu’anticipation rime souvent avec gros business, les deux dates étaient bien évidemment archi-complètes le jour même de la mise en vente des places. Mais, au final, quid ?

Parce que PJ Harvey est cool, on n’a pas envie d’attendre pour la voir jouer, donc tant pis pour ceux qui aiment découvrir de jeunes talents pendant les premières parties, on attaque direct. La belle ouvre le bal dans une formation simple : trois musiciens l’accompagnent, qui passent tour à tour aux claviers, à la basse, à la guitare – hormis le batteur, il va sans dire. Ambiance club de jazz des années 50, la fumée en moins, les guitares saturées en plus.

Premier problème, le mixage est minable, tant est si bien que la batterie, notamment, passe très largement au deuxième plan et est littéralement bouffée par les guitares et la voix de PJ. Les chœurs sont inaudibles, hormis pour un seul des trois musiciens, et les deux restants, réduits au silence par un ingénieur du son manifestement à moitié sourd, s’époumoneront en vain pendant toute la durée du set. Sur-abondance d’aigus, les tympans vrillent assez vite face à la puissance vocale de la brunette au timbre d’acier – parfaitement maîtrisé, il faut lui reconnaitre cette qualité.

Mais, plus important et infiniment plus grave, on s’ennuie ferme. Alors que PJ Harvey est connue et reconnue pour sa pêche sur scène, on assiste ici à un triste spectacle, peu enthousiaste. C’est à peine si les spectateurs dodelinent de la tête pendant les morceaux, même s’ils feront un triomphe systématique – et presque pénible de sembler trop forcé – une fois lesdits morceaux terminés. Un triomphe qui aura pour effet bénéfique de masquer le peu de communication entre PJ et son public (elle se contentera d’un timide « thank you » ou « merci beaucoup » de temps à autre) et les interminables minutes de blanc qui séparent chaque chanson.

Ça fait un peu mal de se l’avouer, mais on ressort avec la désagréable impression d’avoir assisté à une répétition, en moins sympa sous bien des aspects. PJ Harvey entame une chanson, se met à chanter, puis s’interrompt au bout d’une bonne minute en expliquant qu’elle a oublié d’accorder sa guitare. Le pianiste lance une mélodie, mais PJ n’est pas prête et ne chante pas. Ça n’est pas grave, il s’arrête et reprend au début. Des incidents qui, pour pas mal d’autres groupes, causeraient les sifflets et quolibets du public. Mais, voyez-vous, PJ est cool.

À 56 euros la place, on était en droit d’attendre un peu mieux qu’un groupe qui répète dans un garage de luxe. Une répétition qui n’aura duré, en tout et pour tout, qu’une maigre heure et demie, à laquelle on peut supprimer quinze bonnes minutes de blanc et de « clap clap » réclamant un rappel beaucoup trop long à venir. Rassurez-vous, ma bonne dame, vous rentrerez juste à temps pour regarder la fin des Césars.

Reste le PJ Harvey écrit en lettres de sang sur la façade légendaire du mythique Olympia. Des lettres pleines de promesses qui ne seront jamais tenues.

PJ Harvey en concert à l’Olympia, boulevard des Capucines, Paris | les 24 et 25 février 2011 à 20h |