Dominic Cobb (Leonardo Di Caprio) est cambrioleur. Un cambrioleur un peu particulier, puisqu’il s’introduit dans les rêves des gens pour leur voler leurs secrets. Comme il est plutôt bon dans sa branche, un puissant homme d’affaire japonais (Ken Watanabe) lui fait une offre de celles qu’on ne peut pas refuser. Le hic, c’est que cette fois, au lieu d’extraire une information dans le rêve de quelqu’un, il devra en planter une. Dominic Cobb assemble alors une équipe afin de relever ce défi.

Inception est un film ambitieux. Très ambitieux. Il passe en plus après bien des films qui traitent eux aussi de la frontière poreuse entre la réalité et l’illusion que vivent leurs personnages.
Il partage aussi, avec Matrix, par exemple, cette déstructuration des formes, du décor, des lois de la gravité.

Mais il y a la patte Christopher Nolan, qui en plus d’avoir réalisé a aussi écrit le scénario, un scénario qui ressemble à ceux de ses précédents films: intelligent sans être pompeux ou constamment référentiel, qui demande un minimum au spectateur sans pour autant chercher à le perdre, et enfin, qui place l’action toujours au coeur du film même si celle-ci n’est jamais gratuite pour autant et toujours sous-tendue à un moteur émotionnel et narratif béton.

http://www.youtube.com/v/66TuSJo4dZM&hl=fr_FR&fs=1
Inception – Bande annonce – 2010

Nolan a attendu très longtemps pour faire ce film, préférant gagner du crédit avec ses Batman, Begins et Dark Knight afin d’avoir les moyens nécessaires à la réalisation d’Inception.
Et on comprend pourquoi en le voyant. L’idée de départ des rêves, puis des rêves dans les rêves, dans lesquels on se fond en même temps que les personnages, laisse un boulevard créatif au niveau du visuel. Encore une fois, Nolan, fidèle à lui-même, exploite le concept sans en faire trop. Plutôt qu’une débauche constante d’effets spéciaux, il les fait tourner autour de ses personnages, donnant ainsi l’impression qu’ils vivent le visuel plutôt que le visuel les fait vivre.

Car la pierre angulaire du film, c’est avant tout le scénario. Inception est avant tout un Heist film, comme on dit en anglais, un film de cambriole, comme L’Arnaque ou Ocean’s Eleven. Suivant les règles du genre, on commence par la présentation du mode opératoire des voleurs et de leurs rôles à chacun dans le cambriolage. Nolan crée un monde dans lequel on ne se pose pas la question de la crédibilité ou de la non-crédibilité de pouvoir s’introduire dans les rêves d’une personne. Il nous présente le monde de son film tel qu’il est, avec sa cohérence et ses règles propres, et c’est là sa réussite: nous faire croire à un monde sans fournir d’explications à rallonge.

Finalement, c’est un peu comme si Inception était la version adulte de Matrix (sans remettre en cause la qualité de celui-ci). Pas de combat manichéen, pas de morale philosophique. Pas de la forme comme une fin en soi. Inception nous offre un voyage dans un monde qu’on doit accepter tel qu’il est, et nous propose tout simplement de suivre ses personnages dans leurs enjeux qui leurs sont propres.

A noter d’ailleurs un excellent Leonardo Di Caprio, dont le rôle très similaire à celui de Shutter Island paraît ici bien plus adulte, et très bien entouré, avec notamment un Joseph Gordon-Levitt qu’on avait quitté sur le très romantique mais réussi (500) jours ensemble, énorme ici dans le rôle très physique de garde du corps des cambrioleurs de rêves, ou Tom Hardy (le dingue et méconnaissable dans Bronson, Rocknrolla ou encore w Delta z), Ken Watanabe (L’assistant du vampire) ou Ellen Page (Juno, Hard Candy, Bliss ou Smart People), toujours aussi charismatiques, ainsi que des habitués de chez Nolan, Cillian Murphy, parfait en cible fragile et Michael Caine, l’homme le plus classe du monde, dans un tout petit rôle, certes, mais dont les apparitions sont toujours un régal.

Le seul reproche est le même que celui qu’on pourrait faire à Nolan habituellement: le fait que le film semble avoir été haché pour tenir en 2h20 (ce qui n’est pourtant déjà pas court), comme si Nolan vivait dans un monde où les films duraient quatre heures.

Ce reproche fait, Inception reste une claque visuelle faite de tension, une sorte de mètre-étalon du film d’action du 21ème siècle.