C’est toujours difficile de voir un réalisateur mythique s’enfoncer dans une filmographie sans grand intérêt. Dans le cas de Ridley Scott, celle-ci est ponctuée de petits bijoux comme par exemple Black Hawk Down (La Chute Du Faucon Noir) ou Kingdom Of Heaven (dont la version director’s cut est tout simplement géniale), mais c’est peu de dire qu’on est en droit d’attendre mieux de sa part que Mensonges d’Etat, American Gangster, ou son horrible film sur le vin avec Marion Cotillard (Une Grande année). Là, on peut dire qu’avec Robin des Bois, il s’attaque à du lourd, du très lourd, en l’occurrence, un monument ancré dans notre mémoire collective à tous, par le biais des multiples films déjà consacrés au plus célèbre hors-la-loi en collant.

Le Roi Richard Coeur De Lion avait un problème : il avait plus de thune. Et surtout, il avait décidé de fonder sa légitimité de Roi sur ses exploits militaires, histoire que son surnom ne soit pas remplacé par « Richard Coeur de Putois ». Donc, on retrouve Robin Longstride, archer dans l’armée de ce brave Riri, à un siège en France, la grande ennemie de l’époque de la Perfide Albion.

Il va bientôt se retrouver à devoir retourner à Nottingham pour honorer la promesse faite à un chevalier mourant, et être alors confronté au règne du Prince Jean, dont le surnom, Jean-Sans-Terre, était largement moins classe que celui de Richard, ce qui peut éventuellement expliquer son manque de tact et de patience fiscale envers la populace angloise, toujours prête à un bon mot pour agacer ses dirigeants quels qu’ils soient.

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Robin des Bois – Bande annonce – 2010

Donc, le sieur Scott (il a été anobli par des générations entières de cinéphiles. Et aussi par la Reine d’Angleterre, même si c’est plus anecdotique) revient avec un sujet ambitieux, ce qui n’est pas pour déplaire, même si on peut légitimement avoir peur au vu de ses trois derniers films (voir plus haut). Mais il prend un parti-pris tout de suite très intéressant: le réalisme.

Le réalisme historique, tout d’abord, le film est très documenté et fidèle à l’Histoire avec un grand H, et montre très bien la situation douloureuse dans laquelle se trouvait l’Angleterre d’alors, coincée entre, à l’extérieur, une France toujours plus belliqueuse qui avait les moyens de l’être et à l’intérieur, une famille royale composée d’un monarque aimé de ses sujets mais absent et un prince qui ne demande qu’à exercer le pouvoir mais qui est trop débile pour le faire.

Le réalisme aussi dans le fait qu’il a voulu humaniser le personnage de Robin des Bois. Ici, foin du renard de Disney ou d’Errol Flynn, acrobates de la cambriole qui ne se départissent sous aucune circonstance de leur classe et qui réussissent toujours les plus grands faits d’armes avec le naturel de celui qui se sert un verre d’eau au robinet. Pour tout non-fan de Russell Crowe, s’attendre à le voir en Robin revenait un peu à annoncer au fans d’Iron Man que c’est Gérard Depardieu qui allait incarner Tony Stark dans le prochain. Mais ici, force est de constater que le physique et le naturel bourru de Crowe vont tout à fait dans le sens du personnage tel que Ridley Scott veut nous le montrer.

Chez Ridley, Robin des Bois, c’est un guerillero. Un homme qui s’organise contre le pouvoir en place parce qu’il a des idées du genre « il faut que le partage des richesses soit plus équitable ». Un espèce de Che Guevarra, en somme. Du coup, Robin, ici, il ne fait pas des farces tout le temps. Il a l’air grave de celui qui sacrifie tout à ses idées et qui ne cherche pas à être sympa, et il faut bien avouer que c’est une vision du personnage qui change largement de ce qu’on avait pu en voir jusqu’ici.

On pourrait aussi parler de la réalisation magnifique, des scènes de batailles grandioses sans trop d’effets de manche (la charge des cavaliers anglais contre les français fait un peu passer la charge des Rohirrim du troisième Seigneur des Anneaux pour du pipi de chat fait par ordinateur) du dernier tir à l’arc en gros plan qui est à couper le souffle, et du scénario qui réussit tout le long à garder un parfait équilibre entre subtilité, réalisme historique, et concessions au sacro-saint divertissement qui permet de ratisser un peu plus large sans pour autant faire tomber la relation entre Robin et Lady Marianne dans la guimauve, par exemple.

Ajoutez à ça des seconds rôles tous parfaits, comme Cate Blanchett, impeccable, ou Mark Strong, qui commence un peu à s’enfermer dans les rôles de méchants sadiques, mais qui le fait tellement bien qu’on va pas s’en plaindre.

Bref, Robin des Bois est une très bonne surprise qui prouve qu’un grand réalisateur en a toujours sous le capot. Il a peut-être juste besoin d’un sujet un peu ambitieux.

Robin des Bois (Robin Hood) de Ridley Scott | Scénario de Brian Helgeland, Ethan Reiff et Cyrus Voris | Photographie de John Mathieson | Musique de Marc Streitenfeld | Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Max von Sydow, William Hurt, Mark Strong, Oscar Isaac, Danny Huston, Eileen Atkins, Mark Addy, Matthew Macfayden, Léa Seydoux, Jonathan Zaccaï | Grande-Bretagne | 2010 | 140 min. | Aventure et Action | Distribué par Universal Pictures International France  | Crédit photographique : Universal Pictures