Le 11 juin 1994, la France découvrait une nouvelle série, diffusée sur notre encore toute jeune M6. Rebaptisée X-files, Aux frontières du réel dans notre beau pays, titre faisant étrangement référence à une autre série culte du début des années 60, Au-delà du Réel (Outer Limits), probablement involontairement, tant les deux séries n’entretiennent aucun rapport, la série créée par Chris Carter ne tardera pas à marquer les esprits : ambiance sombre, personnages torturés, intrigue à base de complots gouvernementaux, de présence extra-terrestre et de phénomènes paranormaux en tous genres, le ton est donné. Quatorze ans, deux-cent deux épisodes et un film plus tard, les X-Files reviennent nous torturer l’esprit.

Enfin, il paraît…

The X-files : Regeneration, puisque c’est le titre de ce come back tant attendu des deux agents du FBI les plus aimés de la planète, se situe donc plusieurs années après la clôture des enquêtes sur les affaires non classées. Scully est médecin dans un hôpital privé catholique, Mulder est en retraite Dieu seul sait où… jusqu’à ce qu’une affaire oblige le Bureau à faire de nouveau appel à lui.

C’est là que le bât blesse une première fois. Si le premier film (The X Files, le film : Combattre le futur, en 1998), dont l’histoire, qui reprenait la mythologie de la série, justifiait la présence de Mulder et Scully par dessus celle de toutes autres personnes, il en va très différemment de ce nouvel opus cinématographique. Évasif quant au synopsis du film, Chris Carter avait cependant signifié assez tôt que celui-ci ne s’inscrirait pas dans la mythologie. De là à faire du film un « simple » film policier mâtiné de voyance extra-lucide, il y a un sacré fossé que, pourtant, Chris Carter n’a manifestement – et j’irais même jusqu’à dire, malheureusement – pas hésité à franchir.

Car si les obsessions de Mulder sont bel et bien toujours aussi vives – il tient à croire, quoi qu’il arrive, et l’affiche clamant « I want to believe » qu’il arborait fièrement dans son bureau à Washington, toujours présente dans ce film, prend une fois de plus tout son sens – l’intrigue ne les exploite que partiellement. Ici, Mulder est tenu de faire confiance à un prêtre défroqué en raison de ses penchants pédophiles, en proie à des visions concernant la disparition d’un agent du FBI. Si Scully reste sceptique, voire réfractaire, Mulder ne va donc pas hésiter à suivre l’homme sur les lieux du crime, convaincu de son honnêteté… et finalement, c’est plus ou moins tout. S’ensuivent une course poursuite entre Mulder et les ravisseurs d’un côté, et de l’autre le prêtre qui essaie de convaincre Scully du caractère divin de ses visions.

L’accroche du film, « Êtes-vous prêts à affronter la vérité ? », se révèle donc particulièrement mensongère, car pour les amateurs de la série, elle renvoie directement à la mythologie, qui portait sur la découverte (ou plutôt la recherche) de la vérité se cachant derrière le complot visant à cacher au public la présence d’extra-terrestres sur terre. Il n’est pas question de vérité ici, si ce n’est celle du prêtre, qui n’est par ailleurs pas tellement remise en question.

Un problème mineur cependant, si on ne sortait pas de la projection en ayant l’impression d’avoir vu un film qui ne justifiait en rien la présence de ses personnages et qui ne portait la mention X-files que pour s’assurer une audience. Car il faut bien le dire, on aurait remplacé Mulder et Scully par n’importe quels autres agents du FBI, ça n’aurait pas changé fondamentalement la donne. Et c’est à ce sujet que je formulerai mon plus grand regret : étant de ceux qui avaient lâchement abandonné la série après le « départ » de Mulder au profit de John Doggett (alors interprété par Robert Patrick), j’espérais retrouver une intrigue qui aurait permis de renouer entièrement avec le disparu. Ici, on s’attarde davantage sur la relation Mulder-Scully, largement débattue par le passé.

Le film n’en est pas moins un agréable divertissement, si l’on parvient à faire abstraction de ces « menus » problèmes, qui ne concerneront finalement que les connaisseurs de la série, voire même les aficionados. La lumière, façonnée par Bill Roe, ancien cadreur rompu à l’exercice X-files – il a signé la photographie de plus de quatre-vingt épisodes – et grand habitué des amateurs de séries puisqu’il s’est chargé de la lumière de Terminator : The Sarah Connor Chronicles ou Day Break, joue énormément sur les contrastes et se distingue par son étalonnage tout en clair-obscur et aux couleurs désaturées, effet renforcé par le décor, perpétuellement enfoui sous la neige. Il crée ainsi une atmosphère qui sert le film à la perfection, sans pour autant trahir ce qui faisait l’essence de la série, qui bénéficiait elle aussi d’un traitement dont les couleurs étaient généralement exclues.

La musique n’est pas en reste. Chris Carter renoue ici avec son compositeur attitré Mark Snow, qui offre une composition très honnête, parfois ponctuée de clins d’œil amusants (telle cette séquence, lors de l’arrivée de Mulder et Scully dans les bureaux du FBI), et souvent traversée de passages véritablement émouvants (tout ce qui concerne l’histoire parallèle de Scully). Et, il faut bien l’avouer, les quelques notes si typiques de la série restent toujours un plaisir à entendre. En cela, Mark Snow aura su égaler un autre immense compositeur et illustre confrère, John Williams, qui avait su créer émotion et mythe au détour de cinq petites notes dans le merveilleux Rencontres du 3e Type de Steven Spielberg.

Les acteurs, convenablement dirigés, sont impeccables. Une mention spéciale à Alvin Joiner, connu par les amateurs de rap nord-américain sous le pseudonyme d’Xzibit, qui s’en tire avec les honneurs. Seul le personnage interprété par l’anglais Callum Keith Rennie, qu’on a pu voir récemment dans l’excellente série Battlestar Galactica, en fait un peu trop et manque singulièrement de relief. David Duchovny, quant à lui, semble avoir du mal à faire oublier son personnage d’Hank Moody dans le génial Californication et, finalement, c’est tout à son honneur !

Un bon divertissement, donc, qui fera probablement hurler les fans de la série, et qui pourrait trouver un public, si seulement ne sortait pas à la même date le Wall-E d’Andrew Stanton, produit par les célèbres studios Pixar, qui n’aura a priori pas de mal à lui voler la vedette, du moins pour les spectateurs les moins assidus. Les « cinéphages » pourront quant à eux passer un agréable moment auprès de deux icônes du petit écran, qui finiront peut-être par trouver la vérité… ailleurs.