Gone Baby Gone de Ben Affleck

Le 26 décembre 2007 par Valentine dans Drame
Gone Baby Gone, C. Affleck

Notes

Réalisation
80%


Casting
90%


Scénario
90%


Photo
85%


Musique
80%


Intérêt
85%


Total Score
85%

85/ 100

Genre: ,
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , , , , ,
 
 
Scénario: , ,
 
Photographie:
 
Musique:
 
Pays:
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 115 minutes
 
Crédit photographique: Miramax Films
 
par Valentine
La critique

Gone Baby Gone est le premier long métrage de Ben Affleck. Connu pour ses multiples rôles au cinéma (Will Hunting, Pearl Harbor…), l’acteur a cette fois choisi de passer derrière la caméra et d’adapter le roman du célèbre Dennis Lehane, auteur de Mystic River1. C’est grâce au succès de Will Hunting, réalisé par Gus Van Sant, que Ben Affleck va dévoiler ses talents de scénariste et gagner le respect de la profession en remportant avec Matt Damon, son fidèle ami,2, l’Oscar du meilleur scénario original. Avec ce film, il offre à son frère cadet, Casey Affleck, un premier rôle et révèle le talent d’un grand comédien déjà remarqué dans L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik (2007). Talent confirmé trois ans plus tard avec son rôle dans The Killer Inside Me de Michael Winterbottom. Gone Baby Gone, thriller sombre et déconcertant, permet à Ben Affleck de s’octroyer une carrière de réalisateur, prometteuse et bien méritée.

Dans une banlieue ouvrière de Boston, la petite Amanda a disparu. Après l’échec des recherches menées par la police, la tante et l’oncle de l’enfant décident de faire appel à des détectives privés du coin, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Patrick et Angie connaissent bien le quartier, au point de savoir que Hélène, la mère d’Amanda, est une droguée. Plus ils enquêtent, plus ils découvrent l’envers de la ville dans ce qu’elle a de plus sombre. Ils s’enfoncent au-delà des mensonges et des faux-semblants, vers les secrets les plus noirs de la ville, là où règnent les dealers, les criminels et les pédophiles. Amanda reste néanmoins introuvable. Face à la pression médiatique, Remy Bressant et le capitaine de police Jack Doyle vont aussi s’attaquer à l’enquête. La vérité finira par surgir, mais elle aura un prix.

On pense à Mystic River, inévitablement. Boston3, d’abord, ville d’enfance des frères Affleck, son côté sombre, ses habitants4, ses quartiers populaires…

On retient des « gueules » de ce film : Jill Quigg5, notamment, que l’on retrouve au générique de Fighter6 est parfaite. Un premier film tourné chez lui et même si le sujet est grave, la ville dévoile ses secrets et l’on comprend que Ben Affleck la connaît par cœur. Très bon point du film. Une ville véritablement actrice (qui a même sa place sur l’affiche) et qui délivre une ambiance, une atmosphère parfois glauque, angoissante ou au contraire incroyablement vivante.

Une réussite aussi bien dans le choix du scénario que dans celui des acteurs : Casey Affleck est épatant. Le mari de Summer Phoenix7 apparaît très vulnérable et au plus juste de son personnage. Sa voix (surprenante à la première écoute) y fait beaucoup. Plusieurs scènes, dont celle de la confrontation entre lui et le dealer « Cheese », sont intenses : on retient la longue tirade au ton délicieusement provocateur de P.Kenzie qui se termine par un somptueux « Life’s a motherfucker ». Michelle Monaghan est, quant à elle, un peu fade… Ed Harris dans le rôle de Remy Bressant est excellent et Morgan Freeman, fidèle à lui même, incarne parfaitement le rôle de Jack Doyle, torturé entre son rôle de flic et celui de père. On y arrive, à ces personnages clichés, mais qu’importe. On a ainsi droit au flic ripoux, au flic victime d’un terrible drame et à qui l’on pourrait éventuellement pardonner et comprendre des agissements…

La dernière scène est prenante. Très bien filmée et riche de tant de simplicité. Amanda, Mirabelle, sa fidèle poupée qui a fait la une des médias et Patrick Kenzie (qui s’est proposé pour garder la gamine le temps que sa mère sorte avec un énième débile du coin) sont côte à côte. Kenzie est maladroitement assis à l’opposé du canapé, comme si la confrontation avec cette gosse était insurmontable. Il se décide à entamer la conversation avec Amanda, pas plus haute que trois pommes et pour qui ce silence n’a rien de gênant mais est propice à jouer. « It’s Mirabelle ? – No, it’s Annabelle. »

Silence lourd de compréhension. Le mot de la fin à cette petite fille, oubliée et flouée parmi toutes ces préoccupations et réalités d’adultes. Ce n’est peut-être qu’un détail le nom d’une poupée, après tout. L’innocence d’une enfant confrontée à la dureté et la réalité de Boston, de la conscience humaine.

Éloignement progressif de la caméra qui regarde, qui assiste et au final qui juge cet homme dans le silence et l’écho d’une voix d’enfant. Dernier plan. Fondu au noir. Générique.

Pédophiles, dealers, criminels, autant de « méchants » qui courent dans les rues ou croupissent dans des prisons, mais que valent ces parents qui non contents d’avoir un « statut » (celui de mère, de père…) en oublient leurs véritables responsabilités ? Faire justice soit même ou bien choisir de faire confiance à la justice et ses institutions ? Le bien, le mal ? Qui a raison, qui a tort ? Autant de questionnements et de justesse dans la mise en scène. Le spectateur est incroyablement sollicité, il assiste au choix des personnages, à lui de se demander ce qu’il aurait fait dans un pareil cas. Une complexité morale, un thriller poignant.

Le film ne donne aucune réponse, il laisse le spectateur dans un état de trouble. Et c’est agréable de sortir d’une salle de cinéma dans le silence, d’oublier les maladresses d’un premier film et de se concentrer sur l’impact qu’il peut avoir sur nous. Car ce film est une claque, une belle claque.


  1. brillamment adapté et réalisé par Clint Eastwood en 2003 []
  2. source de nombreuses collaborations : Will Hunting, Dogma… []
  3. Une ville qui semble inspirer la fratrie : Will Hunting se passe à Boston et plus récemment The Town, second long-métrage de Ben Affleck. []
  4. Ben Affleck a délibérément pioché dans la population de la capitale du Massachussets. []
  5. Elle mérite le coup d’œil. []
  6. De David O. Russell, sorti en 2011. []
  7. Info people de l’article, le monde du cinéma est une grande famille… []

A propos de l'auteur

Valentine
Photo du profil de Valentine

Valentine, cinéphile, étudiante en sciences politiques. Idolâtre René Clément, Luchino Visconti, Terrence Malick, Xavier Dolan, Michel Gondry, Sorrentino, Dominique Abel et Fiona Gordon, Emanuele Crialese, Jean Luc Godard… Ainsi que Charles Berling, Anna Karina, Alain Delon, Fabrice Luchini, Casey Affleck…

9 commentaires sur cet article



  1. Photo du profil de Frere Angus
     

    Ce film est juste génial. Oui des maladresses, mais une honnêteté dans la réalisation et une force émotionnelle impressionnante.

    Ben, reste derrière la caméra, tu y es mieux que devant


  2. avatar
     

    [...] après Dany Boon et ses Ch’tis, Madonna et ses Obscénités et ses Vertus, Ben Affleck avec Gone Baby Gone et avant Ed Harris pour l’attendu Appaloosa, n’est autre qu’Helen Hunt, qui nous arrive toute [...]


  3. avatar
     

    [...] la charmante et talentueuse Michelle Monaghan, vue récemment dans le très beau et surprenant Gone Baby Gone de Ben Affleck. À ses côtés, le fils d’Indiana Jones lui-même : Shia LaBeouf, qui interprète [...]


  4. avatar
     

    [...] le 5 oct 2010 dans Cinéma | 4 réponses Sortie le 15 septembre 2010 Ben Affleck, après Gone Baby Gone, continue sa carrière de réalisateur en mettant en scène The Town, l’adaptation du best-seller [...]


  5. Photo du profil de Dextarian
     

    Très honnêtement, et au risque d’attirer l’ire de fans d’Eastwood, je préfère clairement le film de Ben Affleck inspiré d’un des livres de Dennis Lehane que Mystic River, une autre adaptation. Peut-être qu’il a un peu moins d’aspect mélodramatique, je ne sais pas…


  6. Photo du profil de Mathieu
     

    Je pensais la même chose, Dex, mais à la revoyure, Mystic River est quand même extrêmement bien foutu.

    Le bouquin de base est meilleur, dans le cas de Gone Baby Gone.


  7. Photo du profil de Djool
     

    Pour ma part c’est bien simple… j’ai pas du tout aimé Mystic River, alors que j’ai vraiment kiffé Gone Baby Gone.


  8. Photo du profil de Dextarian
     

    J’ai toujours eu un problème avec les séquences appuyées. Et Mystic River ne nous épargne pas vraiment cela. Après, peut-être aussi que l’histoire et la façon de la présenter de Gone Baby Gone me touche plus.

    Mais c’est vrai que je n’ai jamais revu Mystic River.



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