Gone Baby Gone est le premier long métrage de Ben Affleck. Connu pour ses multiples rôles au cinéma (Will Hunting, Pearl Harbor…), l’acteur a cette fois choisi de passer derrière la caméra et d’adapter le roman du célèbre Dennis Lehane, auteur de Mystic River ((brillamment adapté et réalisé par Clint Eastwood en 2003)). C’est grâce au succès de Will Hunting, réalisé par Gus Van Sant, que Ben Affleck va dévoiler ses talents de scénariste et gagner le respect de la profession en remportant avec Matt Damon, son fidèle ami, ((source de nombreuses collaborations : Will Hunting, Dogma…)), l’Oscar du meilleur scénario original. Avec ce film, il offre à son frère cadet, Casey Affleck, un premier rôle et révèle le talent d’un grand comédien déjà remarqué dans L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik (2007). Talent confirmé trois ans plus tard avec son rôle dans The Killer Inside Me de Michael Winterbottom. Gone Baby Gone, thriller sombre et déconcertant, permet à Ben Affleck de s’octroyer une carrière de réalisateur, prometteuse et bien méritée.

Dans une banlieue ouvrière de Boston, la petite Amanda a disparu. Après l’échec des recherches menées par la police, la tante et l’oncle de l’enfant décident de faire appel à des détectives privés du coin, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Patrick et Angie connaissent bien le quartier, au point de savoir que Hélène, la mère d’Amanda, est une droguée. Plus ils enquêtent, plus ils découvrent l’envers de la ville dans ce qu’elle a de plus sombre. Ils s’enfoncent au-delà des mensonges et des faux-semblants, vers les secrets les plus noirs de la ville, là où règnent les dealers, les criminels et les pédophiles. Amanda reste néanmoins introuvable. Face à la pression médiatique, Remy Bressant et le capitaine de police Jack Doyle vont aussi s’attaquer à l’enquête. La vérité finira par surgir, mais elle aura un prix.

On pense à Mystic River, inévitablement. Boston ((Une ville qui semble inspirer la fratrie : Will Hunting se passe à Boston et plus récemment The Town, second long-métrage de Ben Affleck.)), d’abord, ville d’enfance des frères Affleck, son côté sombre, ses habitants ((Ben Affleck a délibérément pioché dans la population de la capitale du Massachussets.)), ses quartiers populaires…

On retient des « gueules » de ce film : Jill Quigg ((Elle mérite le coup d’œil.)), notamment, que l’on retrouve au générique de Fighter ((De David O. Russell, sorti en 2011.)) est parfaite. Un premier film tourné chez lui et même si le sujet est grave, la ville dévoile ses secrets et l’on comprend que Ben Affleck la connaît par cœur. Très bon point du film. Une ville véritablement actrice (qui a même sa place sur l’affiche) et qui délivre une ambiance, une atmosphère parfois glauque, angoissante ou au contraire incroyablement vivante.

Une réussite aussi bien dans le choix du scénario que dans celui des acteurs : Casey Affleck est épatant. Le mari de Summer Phoenix ((Info people de l’article, le monde du cinéma est une grande famille…)) apparaît très vulnérable et au plus juste de son personnage. Sa voix (surprenante à la première écoute) y fait beaucoup. Plusieurs scènes, dont celle de la confrontation entre lui et le dealer « Cheese », sont intenses : on retient la longue tirade au ton délicieusement provocateur de P.Kenzie qui se termine par un somptueux « Life’s a motherfucker ». Michelle Monaghan est, quant à elle, un peu fade… Ed Harris dans le rôle de Remy Bressant est excellent et Morgan Freeman, fidèle à lui même, incarne parfaitement le rôle de Jack Doyle, torturé entre son rôle de flic et celui de père. On y arrive, à ces personnages clichés, mais qu’importe. On a ainsi droit au flic ripoux, au flic victime d’un terrible drame et à qui l’on pourrait éventuellement pardonner et comprendre des agissements…

La dernière scène est prenante. Très bien filmée et riche de tant de simplicité. Amanda, Mirabelle, sa fidèle poupée qui a fait la une des médias et Patrick Kenzie (qui s’est proposé pour garder la gamine le temps que sa mère sorte avec un énième débile du coin) sont côte à côte. Kenzie est maladroitement assis à l’opposé du canapé, comme si la confrontation avec cette gosse était insurmontable. Il se décide à entamer la conversation avec Amanda, pas plus haute que trois pommes et pour qui ce silence n’a rien de gênant mais est propice à jouer. « It’s Mirabelle ? – No, it’s Annabelle. »

Silence lourd de compréhension. Le mot de la fin à cette petite fille, oubliée et flouée parmi toutes ces préoccupations et réalités d’adultes. Ce n’est peut-être qu’un détail le nom d’une poupée, après tout. L’innocence d’une enfant confrontée à la dureté et la réalité de Boston, de la conscience humaine.

Éloignement progressif de la caméra qui regarde, qui assiste et au final qui juge cet homme dans le silence et l’écho d’une voix d’enfant. Dernier plan. Fondu au noir. Générique.

Pédophiles, dealers, criminels, autant de « méchants » qui courent dans les rues ou croupissent dans des prisons, mais que valent ces parents qui non contents d’avoir un « statut » (celui de mère, de père…) en oublient leurs véritables responsabilités ? Faire justice soit même ou bien choisir de faire confiance à la justice et ses institutions ? Le bien, le mal ? Qui a raison, qui a tort ? Autant de questionnements et de justesse dans la mise en scène. Le spectateur est incroyablement sollicité, il assiste au choix des personnages, à lui de se demander ce qu’il aurait fait dans un pareil cas. Une complexité morale, un thriller poignant.

Le film ne donne aucune réponse, il laisse le spectateur dans un état de trouble. Et c’est agréable de sortir d’une salle de cinéma dans le silence, d’oublier les maladresses d’un premier film et de se concentrer sur l’impact qu’il peut avoir sur nous. Car ce film est une claque, une belle claque.